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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/232

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traduction beaucoup de beautés originales. Quelle superbe amnistie ! Il n’y a pas un stathoudérien qui n’y soit compris. Quel beau supplément à la générosité et aux princes ! Cela me rappelle un psaume [1] où on célèbre tous les hauts faits du dieu juif : il a tué tels et tels, dit-on, car sa divine bonté dure à perpétuité ; il a noyé Pharaon et son armée, car sa divine bonté dure à perpétuité ; il a frappé d’Egypte les premiers-nés, car sa divine bonté, etc., etc., etc. Monseigneur le stathouder est un peu vif.


3 au soir.

« Il y a précisément quinze jours, madame, qu’à cette heure-ci, à dix heures et dix minutes, nous étions assis près du feu, dans la cuisine. Rose derrière nous, qui se levait de temps en temps pour mettre sur le feu de petits morceaux de bois qu’elle cassait à mesure, et nous parlions de l’affinité qu’il y a entre l’esprit et la folie. Nous étions heureux, du moins moi. Il y a une espèce de plaisir à prévoir l’instant d’une séparation qui nous est pénible. Cette idée, toute cruelle qu’elle est, donne du prix à tous les instans ; chacun de ceux dont nous jouissons est autant d’arraché au sort, et on éprouve une sorte de frémissement et d’agitation physique et morale qu’il serait également faux d’appeler un plaisir sans peine ou une peine sans plaisir. Je ne sais si je fais du galimathias, vous en jugerez, mais je crois m’entendre.

« J’ai été présenté ce matin plus particulièrement à toutes les personnes à qui j’avais été présenté hier en courant. J’ai été très bien reçu ; je croirais presque qu’ils s’ennuient.

Si l’on pouvait s’ennuyer à la cour.


Le 4.

« J’ai pris un logement aujourd’hui, et je veux lui donner un agrément et un charme de plus en y relisant vos lettres et en vous y écrivant. J’espérais recevoir une de vos lettres aujourd’hui ; mais les infâmes chemins que le ciel a destinés à me tourmenter et à me vexer de toute façon ont arrêté le porteur de votre lettre, j’espère, et il n’arrivera que demain matin. Pour m’en dédommager, je relis donc vos anciennes lettres, et je vous écris. Vous êtes la seule personne à qui je n’écrive pas pour lui donner de mes nouvelles, mais pour lui

  1. Voici le mauvais goût du temps et de la jeunesse, la petite fanfaronnade d’impiété qui commence.