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pauvres visita 1,000 familles, qui comprenaient 5,305 individus. La moyenne du salaire était de 1 fr. 25 cent, par tête ; ils n’avaient entre eux que 1,553 lits, un lit pour trois personnes et demie ; la moitié de ces lits n’avaient pas de matelas, et n’étaient remplis que de paille ou de chiffons. 53 familles n’avaient pas de lit, et 425 personnes couchaient par terre pendant la nuit. Ces pauvres gens mettaient en gage leurs vêtemens ou leur mobilier ; sur 200 familles examinées, le nombre moyen des reconnaissances était de 20 à 25 par famille ; quant au mobilier qui leur restait, M. Ashworth l’évalue en moyenne et par chaque famille à 5 sh. 6 d. (environ 7 francs). Enfin, ce qui ajoute à l’impression mélancolique de ce tableau, c’est la dignité, le courage moral avec lequel les ouvriers supportaient leur misère, n’acceptant qu’à la dernière extrémité les secours de la paroisse, et aimant mieux souffrir que mendier.

La faim est mauvaise conseillère ; les progrès du crime suivent de près ceux de la pauvreté. « A Bolton, dit M. Ashworth [1], le nombre des prisonniers renvoyés devant le jury a été, en 1840, de 116, de 190 en 1841, et de 318 en 1842. A Preston, en 183G, on ne comptait que 27 individus résidens accusés de crimes (felonies) ; en 1842, le nombre s’est élevé à 183. Si vous allez à la prison de New-Bailey, vous trouverez que les résultats sont les mêmes pour le district entier de Salford. En dix ans, l’accroissement des accusés de crimes a été presque de 100 pour 100 (835 en 1833, 1,619 en 1842). »

En janvier 1842, la commission des pauvres envoya deux de ses membres à Stockport pour faire une enquête sur l’état de la population. Ils constatèrent que 21 manufacturiers avaient fait faillite depuis 1836, qu’une force de 1,058 chevaux de vapeur restait sans emploi, et plus de 5,000 ouvriers sans travail. Sur près de 7,000 habitations, 1,632 étaient inoccupées, et les locataires de 3,000 autres, descendant du rang de contribuables à celui de pauvres, se trouvaient hors d’état d’acquitter l’impôt local (poor-rate), La taxe des pauvres, en trois années, s’était accrue de 300 pour 100. La maison de charité était remplie jusqu’aux toits. Les familles ne pouvant plus payer leur loyer, ou leur mobilier ayant été saisi par les propriétaires, se réfugiaient dans des caves, deux ou trois à la fois. Quelques ouvriers sollicitaient la charité des passans ; d’autres assiégeaient les bureaux des agens d’émigration, demandant à quitter le sol natal ; d’autres mouraient littéralement de faim.

  1. Observations at a meeting of the chamber of commerce, feb. 1843.