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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/136

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Avant l’arrivée de nos hôtes, des livres, des magasins pittoresques ou des dessins sont placés sur les tables ; ils s’amusent à les parcourir, jusqu’à ce que l’on serve le thé. Le thé et le café circulent ensuite de main en main, et ils causent avec moi ou entre eux jusqu’à la fin du repas. Je vais d’une table à l’autre, et j’en trouve toujours plusieurs qui sont capables non seulement de faire une question ou d’y répondre, mais encore de soutenir la conversation d’une manière qui vous surprendrait. Je ne m’adresse jamais à toute la société à la fois, et j’évite, autant que possible, toute gène, toute formalité, les traitant comme s’ils étaient dans mon salon et comme mes amis et mes égaux. Après le thé, nous nous mettons à nos amusemens, qui consistent à réunir les fragmens d’une carte de géographie ou d’une gravure, à jouer aux dames ou aux échecs, à bâtir des châteaux de cartes, à nous livrer à des expériences amusantes de physique. Ceux qui ne jouent pas lisent ou discutent les nouvelles de la semaine et la politique de la colonie. Quelquefois nous avons un peu de musique et de chant ; vers la fin de la soirée, pour réveiller les esprits, nous nous rabattons sur les jeux de Noël, tels que les propos interrompus, la toilette de madame, colin-maillard, etc. Quelques minutes après neuf heures, je leur souhaite une bonne nuit, et ils se dispersent.

« J’aurais dû ajouter qu’une petite antichambre est annexée à l’école, que les hôtes y déposent leurs bonnets ainsi que leurs chapeaux, et qu’ils y trouvent toujours un bon feu, de sorte qu’après leur promenade du soir ils entrent dans la salle propres et dans une tenue qui fait honneur à leur goût. Les filles et les garçons s’asseient à des tables différentes pour prendre le thé ; mais dans le cours de la soirée, les rangs sont rompus, et les deux sexes se livrent de concert à différens jeux. Les réunions que j’ai décrites sont celles des adolescens ; mais quelquefois nous avons une soirée d’enfans. Ces soirées sont les plus agréables, car la réserve, qui est de mise dans une réunion moins jeune, deviendrait ici inutile et déplacée. Il y a donc beaucoup de rires, de charges comiques et de gaieté. Les réunions ont lieu toutes les trois semaines durant l’hiver, le samedi soir ; ce jour-là, les classes de dessin et de musique doivent vaquer. »


Si l’on ajoute que la séparation des sexes existe dans les ateliers de M. Greg, que la plus grande politesse est exigée des contre-maîtres et la plus rigoureuse décence des ouvriers, que l’eau des chaudières est utilisée pour fournir des bains chauds aux familles, que les jeunes filles de dix-sept ou dix-huit ans qui se distinguent par leur bonne conduite reçoivent en forme de décoration une croix d’argent, on aura une idée de ce que peut faire pour le bien-être et pour la moralité de cinq ou six cents travailleurs l’humanité intelligente et résolue d’un seul manufacturier. M. Greg a commencé, selon mon humble opinion, la science que j’appellerai l’économie morale des manufactures. S’il n’en