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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/132

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disposés, après une journée aussi bien remplie, à fréquenter l’école du soir, et s’ils profitaient de cet enseignement, répondit : « Nous n’avons pas d’exemple du contraire ; nous trouvons que les enfans sont beaucoup plus fatigués et bien moins disposés à aller à l’école après un jour de fête qu’après un jour de travail : le dimanche, ils demandent toujours à se coucher plus tôt. » Le docteur Ure rend le même témoignage des apprentis employés dans les filatures de MM. Ashworth et de MM. Grant, qui se font remarquer, suivant lui, par un regard aussi clair et par un air aussi dispos que les enfans que l’on voit dans les écoles pendant le jour. La comparaison pèche par sa base. On conçoit que les apprentis d’une manufacture bien ordonnée, étant mieux nourris et mieux surveillés que les autres enfans, ne paraissent pas inférieurs à ceux-ci en force ni en intelligence, malgré la surcharge d’un travail continu ; mais qui oserait dire que ces petits esclaves ne sentiraient pas s’accroître leur vigueur et s’étendre la portée de leur esprit avec une tâche moins accablante ? Je plains ceux qui trouvent naturel qu’un enfant, après avoir travaillé douze heures, aille s’enfermer encore pendant deux heures dans une salle d’étude, et que son attention soit incessamment attachée à un objet ou à un autre, sans autre repos que le temps du sommeil. Il me paraît que celui qui envoie la rosée aux plantes a voulu qu’il y eût aussi pour l’homme dans le travail quotidien des intervalles consacrés à rafraîchir son imagination et à soulager son cœur.

On vient de voir ce que les frères Greg ont fait pour leur colonie d’orphelins. Examinons maintenant comment ils ont organisé le travail pour les familles. Deux lettres non signées, mais que la voix publique attribue à M. R. H. Greg, ont paru dans le numéro LXVII de la Revue de Westminster. Elles renferment des renseignemens d’un si haut intérêt, qu’on me pardonnera d’en reproduire la substance, tantôt par l’analyse et tantôt par la traduction. En suivant ce récit, remarquable à tant d’égards, on croirait assister ; à la fondation d’une colonie en pays lointain.


« Nous prîmes possession de cette filature, mes frères et moi, dans l’été de 1832. Nous n’y trouvâmes que les murs, avec une vieille roue hydraulique, et environ cinquante maisons d’ouvriers (cottages). Ces chaumières étaient généralement bien construites et d’une grandeur raisonnable, mais mal entretenues et manquant d’eau, de hangars à charbon, de placards, de toutes les choses essentielles à la propreté et au comfort. Deux ou trois familles résidaient dans ce lieu ; mon premier soin fut de donner congé à ces aborigènes, et de commencer l’œuvre à nouveau.

« Les deux premières années furent presque entièrement employées en