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Les propriétaires de cette manufacture veillent, comme on voit, avec une grande sollicitude au bien-être et à la moralité des ouvriers. Ils ont établi des écoles de jour pour les plus petits enfans, des écoles du soir et du dimanche pour ceux qui sont occupés pendant le jour. Les femmes, avant d’entrer dans la filature, prennent des vêtemens de travail, et l’on exige d’elles une grande propreté. Enfin, si l’on n’admet pas complètement, avec le docteur Ure, la supériorité des habitans de Belper, sous le rapport des mœurs et de la santé, il faut reconnaître que ceux qui ont vécu pendant quelques années de ce régime sont plus heureux et plus moraux que les autres ouvriers.

Une autre république industrielle a été fondée par la famille Greg à Quarry-Bank, près de Wilmslow, dans le comté de Chester. La maison Greg, qui a donné aussi un membre au parlement, tient le premier rang parmi les manufacturiers. Elle consomme annuellement près de 4 millions de livres de coton, possède 5 filatures, 4,000 métiers à tisser, et emploie plus de 2,000 personnes à Bury, à Bollington, à Caton, à Lancaster et à Wilmslow. La filature de Quarry-Bank a cela de particulier, que l’on y occupe principalement des apprentis tirés de la maison de charité de Liverpool, ainsi que cela se pratiquait dans l’origine des manufactures et à l’exemple d’Arkwright. M. Greg avait d’abord employé de jeunes garçons ; il préfère aujourd’hui les jeunes filles, qui se laissent plus aisément diriger. La filature forme ainsi une sorte de pépinière ou de pensionnat industriel. On nourrit, on vêtit et l’on élève ces enfans, qui étaient abandonnés, et qui retrouvent une famille dans l’enceinte des travaux. On leur enseigne la lecture, l’écriture et l’arithmétique ; les filles apprennent en outre à coudre et à s’acquitter des diverses fonctions du ménage. Chaque jour, les pupilles de M. Greg vont prier Dieu dans une chapelle élevée par ses soins. Cette jeunesse grandit sous les yeux de ses maîtres, qui se partagent la surveillance, et, quand les jeunes filles sont en âge de se marier, elles épousent quelque ouvrier de la fabrique. On leur donne alors un salaire plus élevé, pour les mettre en état de couvrir les premières dépenses de leur établissement. La santé des apprentis est tellement supérieure à celle des habitans du Lancashire, que l’on compte à peine un décès sur 150 ; et, quant au succès des ménages sortis de la manufacture, M. Greg affirmait en 1833 que deux seulement étaient tombés à la charge de la paroisse en quarante ans.

Il est vrai que les apprentis de Quarry-Bank gagnent bien le pain qu’on leur donne et méritent le soin que l’on prend de leur avenir. La plupart travaillent douze heures effectives par jour. M. Robert Greg, à qui l’on demandait dans l’enquête de 1833 si les enfans étaient