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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/110

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dans son manuscrit cette vision merveilleuse, mais c’était uniquement pour lui dire que le christianisme devait avoir trois époques, et que les trois époques étaient accomplies. Maintenant commence l’ère d’une religion nouvelle. Par quelle imagination bizarre est-ce le Christ qu’on charge de nous l’apprendre ?

Comme œuvre d’art, Spiridion a peu de charme ; comme morceau philosophique, il est sans force. La fable a peu d’intérêt, et les héros déclament au lieu d’agir. Les idées auxquelles cette fable est destinée à servir de cadre manquent de solidité, de substance. C’est ainsi que, pour n’avoir pas assez mûrement réfléchi tant sur la forme que sur le fond de sa composition, un écrivain d’un brillant talent ne satisfait ni ceux qui veulent être émus ou agréablement distraits, ni ceux qui cherchent à être éclairés et instruits.

À chaque pas se trahit l’inexpérience d’un esprit s’attaquant à des questions qu’il n’a entrevues que d’hier. Comment ne pas sourire quand on lit que Bossuet est un protestant mal déguisé ? Bossuet, le représentant le plus énergique du dogmatisme traditionnel ! L’auteur nous dit encore que Spiridion est au-dessus de Bossuet, oubliant qu’au point de vue de l’art rien n’offusque plus le bon sens que la comparaison d’un personnage fantastique avec un grand homme de l’histoire. Mme Sand a commis la même faute quand elle ose un moment faire parler Bonaparte, et lui prête une tirade qu’elle mêle aux récits du père Alexis. Elle accueille tous les caprices, toutes les fantaisies qui se présentent à son esprit, elle écrit avec une précipitation, avec une étourderie funestes.

Nous retrouvons la même hâte, la même irréflexion dans les Sept Cordes de la Lyre. Il est dans le monde poétique des types, des caractères qui ont reçu du génie une physionomie si frappante, une empreinte si vive, qu’il n’est plus permis de les reproduire. Assurément Faust et Méphistophélès sont au nombre de ces créations immortelles. Ç’a donc été de la part de Mme Sand une bien imprudente fantaisie de ressusciter Faust dans le personnage de maître Albertus et de mettre à côté de lui Méphistophélès qui s’écrie : « Pédant mystique, tu me donnes plus de peine que maître Faust, ton aïeul. » Et c’est au courant de la plume, dans une improvisation diffuse, que Mme Sand s’aventure à entrer en concurrence avec Goethe ! Nous sommes assez disposé à croire qu’il n’y a pas eu chez elle de préméditation orgueilleuse : elle a plutôt cédé à une boutade ; elle s’est mise à écrire sans trop savoir où elle s’engageait. Une fois cette rapide esquisse terminée, elle n’eut pas le courage de la condamner, et cependant les conseils ne lui