Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/1097

Cette page a été validée par deux contributeurs.



CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


----


14 juin 1844.


L’événement le plus considérable de cette quinzaine est, sans contredit, le voyage de l’empereur de Russie en Angleterre, et, à ce titre, il doit nous arrêter d’abord. Sans méconnaître l’importance de la loi des ports et du débat engagé entre les partisans des compagnies et ceux de l’exécution des chemins de fer par l’état, on ne s’étonnera pas si nous commençons par apprécier la démarche inattendue qui a si soudainement préoccupé l’Europe.

L’empereur Nicolas est un prince absolu dans sa volonté comme dans l’exercice de son pouvoir, rapide dans ses résolutions, plein de confiance dans l’action personnelle qu’il exerce autour de lui. Il a le goût et le besoin de l’imprévu ; il vise à l’effet par nature autant que par système. Les pérégrinations lointaines et les débarquemens subits sont passés, chez lui, à l’état d’habitude et presque de monomanie. Toutefois de tels motifs ne sauraient suffire pour expliquer une visite qui n’offrait pas même à ce prince l’attrait de la curiosité, puisque l’empereur connaissait l’Angleterre, et qui n’a rien de commun avec ses soudaines apparitions à Berlin et à La Haye, où il est appelé par ses plus chères affections de famille. Le voyage de l’empereur à Londres est évidemment politique : il n’est pas en Europe un esprit sérieux qui n’en soit pleinement convaincu. Pendant son séjour dans cette capitale, ce prince s’est peu occupé des curiosités, d’ailleurs fort clairsemées de la métropole britannique ; en revanche il a dîné dans la galerie de Waterloo, félicité ses camarades des Horse Guards, visité lord Wellington à son hôtel d’Aspley-House, et réchauffé les vieux souvenirs dont le duc est l’expression vivante. S’il a peu vu les ministres, il a fait des visites nombreuses aux femmes influentes de la haute société anglaise, et il suffit de Suivre avec quelque attention ses démarches à Londres, pour demeurer convaincu qu’il a pris beaucoup moins de souci du gouvernement que de cette puissante aristocratie qui survit à tous les cabinets, et qui, dans les crises décisives, finit toujours par les dominer. L’empereur sait d’expérience que sir Robert Peel, comme lord Melbourne, lord Aberdeen, aussi bien que lord Palmerston ou lord John Russell, sont les instrumens divers d’une force