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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/1040

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résolut de la propager. Dans une réunion de filateurs et de manufacturiers convoqués à Glasgow pour délibérer sur les moyens de déterminer la suppression du droit de 5 deniers par livre établi sur le coton américain, M. Owen demanda, concurremment avec cette émancipation commerciale de l’industrie, une mesure qui réglât le travail des enfans. La première motion obtint l’unanimité des suffrages, mais la seconde ne fut pas même appuyée. M. Owen, ayant trouvé l’intérêt manufacturier sourd au cri de l’humanité, prit le parti de s’adresser à l’opinion publique, et de frapper ensuite avec ce puissant renfort à la porte du parlement. Laissons-le raconter lui-même les humbles débuts d’une agitation qui a renversé aujourd’hui toutes les digues, et qui donne au gouvernement les plus vives anxiétés [1].


« J’écrivis au prévôt de Glasgow une lettre destinée à la publicité, dans laquelle, après avoir exposé les effets déjà produits par les manufactures sur la santé des enfans, je sommais le ministère et le parlement de rendre une loi qui restreignît la durée du travail dans les fabriques à dix heures par jour, qui n’autorisât l’emploi des enfans, depuis l’âge de dix ans jusqu’à douze que pendant la moitié de la journée, et qui pourvût à l’éducation des jeunes garçons ainsi que des jeunes filles avant l’âge du travail.

« Aussitôt que des exemplaires de cette lettre eurent été adressés au ministère et au parlement, je partis pour Londres. Lord Liverpool était alors premier ministre, et M. Vansittart, chancelier de l’échiquier. L’un et l’autre se montrèrent favorables à mes vues. Je vis ensuite les chefs de parti dans les deux chambres, et, trouvant que je pouvais compter sur l’appui cordial de presque tous les hommes politiques, je me déterminai à convoquer, au nom de lord Harewood (alors lord Lascelles) et au mien, des réunions qui se tinrent aux Armes du roi, et qui attirèrent un grand concours d’auditeurs. Dans la dernière, il fut décidé que le projet de loi (bill) que j’avais préparé serait présenté à la chambre des communes, et l’on désigna, sur ma proposition, pour en faire la motion, le père de l’homme qui est aujourd’hui premier ministre, comme étant le plus ancien manufacturier de la chambre, et comme étant d’ailleurs le partisan déclaré du gouvernement.

« Sir Robert Peel n’avait pas encore entendu parler de ces réunions ; j’allai le trouver et je lui expliquai la situation. Comme il reconnut que la majorité dans les deux chambres était assurée au projet, il consentit le jour même à s’en charger. C’était un bill de dix heures et demie limitant à douze ans l’âge auquel on pourrait travailler pendant la journée entière, et réduisant la durée du travail à cinq heures un quart pour les enfans de dix à douze ans. Le projet de loi fut présenté sous les plus favorables auspices ; tout le monde sentait l’injustice qu’il y avait à permettre que l’on exigeât des

  1. Letter to the Times editor, 30 march 1844.