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chantent. » Les lauriers n’y sont plus, et les rossignols y chantent à peine ; mais pour le voyageur ami des lettres, ce lieu est toujours saint.

Il l’est aussi pour les Grecs de nos jours. Une petite chapelle a remplacé le temple des Furies ; au lieu des Euménides avec leurs flambeaux et leurs serpens, on voit, parmi quelques saints du pays grossièrement peints sur les murailles, Dieu tenant un enfant dans ses bras, avec ces mots : Dieu gardien des petits enfans. Voilà le changement des temps et des religions. Ce Dieu qui porte les petits enfans dans ses bras vaut bien les implacables divinités d’Eschyle. Mais ici l’on revient vite à l’antiquité ; l’on s’écrie avec le chœur de Médée : « O fils fortunés d’Érechtée, bienheureux enfans des immortels, vous qui marchez dans un air pur, plein de mollesse et de clarté ! » On salue les Propylées célébrés par Aristophane, quand ils brillaient dans leur nouveauté et qui, après tant de siècles, viennent de reparaître au jour ; puis on continue à regarder. Regarder est ici un bonheur vif, une volupté ; et plus on regarde, plus on comprend que ce lieu ait été celui où le genre humain devait atteindre le point de perfection que les Grecs nommaient Acmé, La plupart des arts et divers genres de poésie sont nés ailleurs : les plus anciens sculpteurs sont de Sicyone, de Sparte, d’Argos ou d’Égine, et non d’Athènes ; la poésie vient de Thrace ou d’Asie, mais chaque art, chaque genre de littérature a reçu son complément dans ce lieu favorisé. Jamais ville ne sembla comme Athènes prédestinée à être la patrie de la plus parfaite poésie qui soit née parmi les hommes, car ici le caractère de perfection est partout ; ici, rien n’est démesuré, ni les montagnes, ni les monumens ; ici, un horizon admirable, mais limité ; des contours pleins de fermeté et de douceur ; des plans qui fuient avec grâce les uns derrière les autres, qui tour à tour reviennent à la lumière ou rentrent dans l’ombre, selon les besoins de la perspective et pour l’effet du tableau, comme si dans ce pays, où l’art est si naturel, il y avait de l’art dans la nature.


IV.
LES MONUMENS ET LA POÉSIE.

La poésie des Grecs n’était pas dans une harmonie moins intime avec les monumens de l’art qu’avec les scènes de la nature. Il y a peu d’études à faire sur la statuaire grecque dans les lieux où elle a fleuri ; c’est dans les musées de l’Europe, c’est surtout dans sa brumeuse