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pas procédé autrement. Chez eux, la vérité sévère du contour s’allie à toute la puissance de la conception, à toute la richesse du coloris ; j’en citerai deux qui, à cet égard, sont de l’école antique et de la famille d’Homère, Dante et Chateaubriand.


III.
INFLUENCE DES LIEUX SUR LA POÉSIE GRECQUE.

Il ne faut pas, comme on l’a fait trop souvent, s’exagérer l’influence des lieux sur la poésie, et vouloir retrouver à toute force le caractère d’un poète dans le caractère du pays qui l’a vu naître. La nature humaine a en elle de quoi résister à l’action des objets extérieurs, et les circonstances sociales et politiques exercent plus d’empire sur les âmes que la transparence de l’air ou les lignes du paysage. Mais il ne faut pas oublier que l’existence politique des états de la Grèce a dépendu elle-même en grande partie de la configuration du sol et de la nature du pays. Quand on a vu la Grèce, on comprend mieux les différences de génie, de mœurs, de constitution, de langage, qui séparaient dans l’antiquité les différentes fractions du peuple hellénique. Nulle part peut-être le voyageur ne passe plus brusquement d’un climat à un autre climat, et pour ainsi dire d’une saison à une autre saison ; à quelques milles de distance, l’époque de la moisson varie considérablement. En outre, nul pays n’est coupé de plus de montagnes, et de montagnes plus abruptes. Chaque journée d’un voyage en Grèce est consacrée à gravir une ou plusieurs de ces montagnes et à en redescendre. Ce sont des murs derrière des murs. Rarement ces remparts à pic sont fendus par un cours d’eau ; pas un fleuve qui puisse établir des communications entre les diverses parties de la Grèce, pas un qui soit long-temps navigable et qui se prolonge à une grande distancé. A peine descendus des sommités escarpées où ils ont pris naissance, les fleuves rencontrent la mer, qui, pour ainsi dire, s’avance au-devant d’eux de tous côtés. On ne peut donc s’étonner qu’un pays, dont les différentes portions sont ainsi séparées, ait offert de grandes diversités de civilisation et de culture, et on doit s’attendre que ces diversités qui ont passé dans le génie des peuples modifieront le génie des poètes.

Dans cette Grèce toute pleine d’Homère, on cherche partout son berceau. Maintenant que la science a retrouvé la grande figure qu’elle avait perdue, on demande à la nature de révéler le secret de la naissance du poète ; car les lieux qui lui ont donné le jour doivent lui