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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/1003

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poitrine velue du géant Typhée, sur lequel pèse la Sicile entière. Puis, laissant les symboles de la mythologie, Pindare décrit dans un langage magnifique et vrai une éruption de volcan. « Des profondeurs de la montagne jaillissent des sources très pures d’un feu inaccessible. Le jour, ces fleuves répandent un torrent de fumée ardente ; mais la nuit une flamme rouge et tourbillonnante roule des pierres sur la plaine de la mer profonde avec un grand bruit. » Pindare, dans son voyage de Sicile, avait vu sans doute ce qu’il peignait dans cette poésie, qui semble enflammée des reflets et retentissante des bruits du volcan.

Les îles de la mer Egée ont été bien caractérisées par les poètes grecs. En apercevant le soir leur contour lointain bleuir au-dessus de la mer, on retrouve les roches bleues dont parle Euripide. En les voyant étinceler sur les flots aux rayons du soleil, on les compare, avec Denis le Périégète, aux étoiles semées dans l’azur du ciel. Leur forme souvent arrondie rappelle l’expression hardie d’Homère parlant de la terre des Phéaciens : « Elle était comme un bouclier sur la face de la mer. » Leur abandon et leur nudité actuelle, et le souvenir de leur ancienne splendeur, font dire aujourd’hui au voyageur ce que disait déjà le poète Antipater : « Iles tristes et solitaires qu’entoure la mer Egée de sa ceinture retentissante….., pour vous l’éclat des temps passés s’est évanoui ; Délos autrefois si brillante est maintenant délaissée. »

Je ne puis dire et ego in Arcadiâ : je n’ai pas vu l’Arcadie, et je le regrette, bien que lord Byron témoigne peu d’admiration pour ce pays pastoral, et l’appelle assez dédaigneusement une Suisse médiocre ; mais mon ami M. Lenormant, qui connaît très bien la poésie grecque et la Grèce, m’apprend que dans l’hymne à Pan la nature de l’Arcadie est admirablement peinte avec tous ses contrastes, ses cimes pierreuses, ses prairies humides remplies d’arbres et de fleurs, ses neigeuses collines qui nourrissent mille fontaines, et ses rochers sur lesquels marche le soleil. Cette dernière expression est la plus belle épithète que je connaisse. Elle montre comment les Grecs employaient la mythologie dans la description. Où nous voyons des rochers brûlés par le soleil, ils voyaient le divin Hélios marcher silencieusement sur les sommets solitaires. De même, sur la mer azurée, ils voyaient se dresser Neptune secouant sa chevelure bleuâtre ; dans la vague blanchissante, ils voyaient les pieds d’argent de Thétis ; l’aube, c’était pour eux la blancheur du visage de l’Aurore. Nous nous bornons à décrire les objets dans leur réalité ; l’imagination des Grecs, accoutumée à tout personnifier pour tout animer, traduisait les différens aspects de la