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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/99

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« Il est beau quand il marche, plus beau encore quand il s’avance vers moi. Je donnerais une grosse somme pour le voir revenir, des pièces d’or pour chaque lieue qu’il franchirait, des pièces d’argent pour chaque pas. »

Puis c’est une mère qui tâche d’endormir son fils, et, tout en le berçant, songe avec douleur à son avenir.

« J’aime à chanter pour mon enfant, je cherche avec joie de douces paroles pour mon petit trésor. Faut-il lui dire un chant de berceau ou un chant de bergère que ma mère connaissait déjà, que ma mère m’a appris quand elle m’asseyait devant sa quenouille ? Je n’étais pas alors plus haute que son rouet, je n’atteignais pas au genou de mon père.

« Mais pourquoi répéterais-je les chansons de ma grand’mère ou celles de ma mère ? J’en ai moi-même assemblé plusieurs ; sur chaque sentier j’ai trouvé un mot, sur chaque bruyère j’ai pensé à un sujet, j’ai pris mes vers sur chaque branche de la forêt, je les ai recueillis sur chaque buisson.

« La gélinotte est belle à voir sur la neige, l’écume de la mer est blanche sur le rivage. Plus beau est mon petit garçon, plus blanc est mon petit amour.

« Le Sommeil est à la porte, et demande : N’y a-t-il pas ici un doux enfant au maillot, un joli garçon dans son lit ?

« Viens, heureux Sommeil, près de soit berceau ; enlace l’enfant, mets-toi sous la couverture.

« Balançons, balançons le petit fruit des champs, berçons la légère feuille des bois. C’est un enfant que je berce, c’est un berceau que je balance,

« Mais, hélas ! combien celle qui lui a donné le jour sait peu si l’enfant qu’elle berce ainsi sera sa joie dans l’avenir, son soutien dans la vieillesse !

« Non, jamais, malheureuse mère, tu ne dois attendre ton soutien de l’enfant que tu élèves.

« Bientôt il sera loin, il ira ailleurs avec ton espérance. Peut-être la mort s’emparera-t-elle promptement de lui ? Peut-être sera-t-il soldat, exposé au tranchant des armes, au feu du canon. Peut-être deviendra-t-il l’esclave des riches ! »


En essayant de traduire ces poésies finlandaises, je sens à chaque instant que je les dépouille de leur parure, de leur charme, de leur beauté ; il me semble que je tiens entre les mains une aile de papillon dont j’enlève la teinte d’or et d’azur, une fleur dont j’efface les nuances délicates, dont j’effeuille les légères corolles, tellement qu’à la fin il n’en reste que la tige. La poésie finlandaise est peut-être, de toutes les poésies, celle qui perd le plus à être traduite dans un idiome étranger ; qu’on le prenne au nord ou au midi, n’importe. La langue finlandaise est une langue à part, harmonieuse et sonore, riche en voyelles et en dipthongues, si souple et si flexible, qu’avec une seule racine on compose une centaine de dérivés. Par une seule terminaison, elle change tout le sens d’un mot ; par la plus légère accentuation, elle crée