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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/988

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contre lequel ils n’oseraient en aucun cas décharger leurs fusils. Mais les schwabi, que ne retient point ce respect fanatique de la femme, abattirent l’infortunée. Ce meurtre excita une telle horreur parmi les assaillans, que tous pour la venger s’élancèrent en furieux, et ne cessèrent pas pendant vingt-huit heures de se ruer contre le retranchement. Un renfort autrichien, qui venait pour débloquer la koula, fut repoussé avec perte. La garnison, quoiqu’elle ne comptat que vingt-sept hommes, n’en continua pas moins d’opposer aux montagnards une résistance désespérée. Enfin plusieurs compagnies impériales, arrivant de divers points, fondirent toutes à la fois sur l’armée tsernogortse, qui dut quitter la koula pour tenir tête à ses nouveaux ennemis. La mêlée fut terrible, et le succès resta long-temps douteux ; du haut des monts, les enfans et les vieillards lançaient sur l’ennemi des quartiers de roches qui atteignaient le but marqué avec la précision d’une bombe habilement dirigée. La nuit seule sépara les deux armées ; les Autrichiens avaient combattu en héros ; la compagnie du lieutenant Roszbach, vétéran qui avait perdu un œil à la bataille d’Aspern, s’était principalement signalée par ses audacieuses charges à la baïonnette, contre les montagnards.

Les deux partis se préparèrent les jours suivans à un combat général ; l’affaire s’engagea le 6 août. Un millier de paysans dalmates, plus accoutumés que la troupe de ligne à cette guerre de montagnes, fut adjoint aux corps impériaux, et les guida dans les défilés du Pachtrovitj, d’où l’armée tsernogortse s’éloigna comme pour rentrer dans ses foyers, mais avec l’intention d’attirer les Autrichiens dans des gorges plus redoutables. L’ennemi se laissa prendre au piège, et bientôt, assailli de tous côtés par les montagnards qui poussaient d’affreux hurlemens, il dut se retirer en désordre. Les Tsernogortses poursuivirent les Autrichiens jusqu’au point d’où ils étaient partis. C’est alors que la division autrichienne de Gomila vint toute fraîche assaillir les vainqueurs déjà fatigués de la poursuite. Les Tsernogortses se virent forcés de regagner leurs positions escarpées, non toutefois sans avoir soutenu un combat de plusieurs heures contre les nouvelles troupes. Quelque chaude qu’eût été cette journée, les Autrichiens prétendent n’y avoir perdu que huit soldats et un officier, et n’avoir eu que quatorze blessés ; ce qui parait impossible, vu la durée et l’acharnement de l’action. La perte des Tsernogortses resta inconnue, parce qu’ils arrachèrent avec un courage fanatique tous leurs morts aux mains de l’ennemi.

Cependant le vladika, effrayé des suites que pouvait avoir cette