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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/976

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les deux cours impériales : il se fit en 1777 sacrer métropolite sous l’égide des Autrichiens, à Karlovitj en Syrmie ; puis il se rendit à la cour du tsar, qui le fit membre honoraire du grand synode de Russie. Ainsi, caressant alternativement les deux empires protecteurs, le vladika Pierre donnait l’exemple de cette politique habile que ses successeurs ont suivie jusqu’à nos jours.

Pierre sut profiter de l’anarchie qui dévorait les provinces ottomanes pour séparer du pachalik de Skadar un grand nombre de districts qui, sous le nom de berda, sont depuis confédérés avec le slonténégro ; mais ce résultat fut acheté par de sanglantes batailles, dont la dernière, celle de Kroussa, délivra pour long-temps le Tsernogore des invasions albanaises. La conduite du vladika dans cette journée fut admirable, et long-temps après, les pieux vieillards de Tsetinié appliquaient à cette journée le verset de la Bible sur les Madianites, qui, vaincus par Gédéon, ne relevèrent plus la tête, et laissèrent vivre en paix durant quarante ans le peuple d’Israël, jusqu’à la mort de son libérateur. Le Gédéon de la montagne Noire fit embaumer la tête de son rival, le visir d’Albanie, qui fut exposée dans sa salle d’audience à Stanievitj, d’où on la transporta plus tard à Tsetinié. Comme la tête qui à Rome servait de fondement au temple de Jupiter, cette tête du Bouchatli devint, pour ainsi dire, la base du Capitole tsernogortse. L’éclatante victoire de Kroussa ouvrit une ère nouvelle pour les Monténégrins, dont l’indépendance fut constatée dès-lors aux yeux de l’Europe, et reconnue par le sultan même, qui, depuis cette époque, ne leur a plus fait demander le haratch.


IV

La république française, après ses victoires remportées sur les Turcs d’Égypte, avait été saluée avec enthousiasme par tous les Gréco-Slaves ; mais quand Napoléon en vint jusqu’à faire alliance avec le sultan, tout changea de face ; il fut dès-lors aisé à la Russie de faire du Tsernogore un foyer d’intrigues et de réaction contre la domination française dans les provinces ci-devant vénitiennes. Une longue guerre s’engagea dans ces provinces entre nos garnisons et les Tsernogortses, qui, le plus souvent défaits, ne cédèrent jamais sans avoir vaillamment combattu. Quoiqu’elle ne leur ait procuré aucun des brillans résultats qu’ils en attendaient, ces montagnards trouvèrent néanmoins, dans une lutte à armes si inégales avec les