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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/965

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opposer aux envahisseurs que les anathèmes de son évêque ou vladika, nommé German, tomba sous le joug musulman. Les compagnons renégats de Stanicha, rentrant dans la montagne, y conquirent la forteresse d’Obod, et s’emparèrent des débouchés commerciaux de leurs frères chrétiens, qui vécurent ainsi en rayas jusqu’à l’entrée du XVIIIe siècle. Les Tsernogortses se rappellent encore avec indignation l’époque où leur pays acquittait vis-à-vis de la Porte un haratch qui n’était destiné qu’à couvrir les frais de pantoufles de la sultane. Lorsqu’en 1604 ils s’insurgèrent contre le pacha de Skadar, Ali-Beg, qu’ils battirent et renvoyèrent blessé hors de leurs défilés, cette victoire n’aboutit qu’à leur procurer une existence moins précaire, le droit de rester en armes, au nombre de 8,027 guerriers, pour défendre leurs 93 villages, et de relever directement du sultan, qui reconnaissait leur chef militaire sous le nom de spahi, et leur chef ecclésiastique sous le nom de vladika. Ce fut dans cet état que les trouva, en 1606, Alariano Bolizza, patricien de Kataro, chargé de fixer les frontières entre la Turquie et la seigneurie de Venise.

Enfin les Vénitiens, étant entrés en guerre avec la Porte, soulevèrent les Tsernogortses contre leurs communs ennemis ; Vissarion, septième vladika depuis German, se flatta d’avoir acquis à sa montagne une alliée fidèle dans la fière république, qui dès-lors commença ses conquêtes continentales sur les Turcs, puissamment secondée par les diversions des Tsernogortses. C’est ainsi qu’en 1627 ceux-ci battirent les musulmans qui allaient secourir Castel-Novo, et forcèrent cette ville assiégée de se rendre aux Vénitiens. Cependant, sur leur propre territoire, les montagnards n’avaient plus que les forêts pour asile ; le pacha de Skadar, Soliman, avait forcé leurs défilés, incendié leurs villages et détruit Tsetinié. Bien qu’en revenant à Skadar il eût été atteint sous Podgoritsa et mis en pleine déroute par les Klementi et les Koutchi, alors maîtres du fort de Spouje, une grande partie de son armée, restée au Tsernogore, s’y maintint dans les défilés. Appuyées par les Bouchatlis, ces garnisons continuèrent à lever le haratch jusqu’à la fameuse année 1.700, où commence l’hégire des Tsernogortses. Le vladika Danilo-Petrovitj-Niégouchi, qui revenait de la Hongrie, où le patriarche serbe Arsénius III l’avait sacré métropolite, détermina ses compatriotes à faire dans la même nuit main basse sur tous les musulmans de leur montagne qui refuseraient le baptême : ce plan fut exécuté ponctuellement. Le chant populaire qui en perpétue le souvenir mérite d’être