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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/937

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style noble et soutenu, cette merveilleuse comparaison du pot de bière appliquée à la philosophie de l’histoire, et je m’avouai avec tristesse que nos écrivains sont loin de ce génie souple, de cet aimable naturel ; cependant je vis bien qu’un orage allait éclater, et je m’y préparai de mon mieux. Mais, après avoir étudié un nombre considérable de pages semblables à celle-là, que devins-je, lorsque, le cercle se rétrécissant toujours, de la race celtique passant à la France, et de la France à Paris, j’arrivai à cette formidable conclusion, à cette dernière formule de la philosophie de l’histoire, qui me sembla gravée en caractères de feu : LE PEUPLE FRANÇAIS EST UN PEUPLE DE SINGES ! Que l’on se peigne, si l’on peut, mon désespoir à la vue de cette découverte d’histoire naturelle, que la science achevée de mes maîtres ne me permettait pas de révoquer en doute un seul moment. Funeste curiosité de l’esprit humain ! ce problème insondable que poursuivait si sérieusement la méthaphysique depuis Kant, ce problème qui tenait en suspens tant de puissantes intelligences, le voilà donc résolu ! ce secret de l’abîme, il est révélé ! Pourquoi la nature se l’est-elle laissé ravir ? Ce mystère formidable qui était au fond de la science, je viens de l’apprendre pour mon éternelle confusion ! Le peuple français est un peuple de SINGES (Affenvolk). J’analysai, je retraduisis sous mille formes cette conclusion écrasante ; je me levai, je voulus parler ; ma langue balbutia, s’embarrassa ; il me sembla que mes membres se distendaient, et je me vis avec horreur descendu au rang d’un affreux quadrumane, assis dans le coin de la bibliothèque d’un penseur allemand. Quelles idées affreuses m’assaillirent ! les langues humaines ne sont pas faites pour le dire. Après plusieurs courses dans les forêts de l’Abyssinie à la poursuite de pommes merveilleuses, il me sembla que je finissais par grimper de branche en branche sur l’arbre de la science du bien et du mal, au sommet duquel je finis par m’endormir sur le bord d’un horrible chaos. Mais quel réveil ! Le livre révélateur était toujours là. Je continuai. Ce que j’avais vu n’était rien auprès de ce qui m’attendait ! En effet, lecteur, au détour d’une page, je vis, je l’assure, de mes yeux ; oui, je vis, en caractères plus flamboyans que les précédens, cette dernière et suprême conclusion, page 290 : La ville de Paris est la vieille maison de Satan. Pour le coup, je cherchai humblement mon dictionnaire ; j’épelai chaque lettre l’une après l’autre, jusqu’à ce que j’eusse formé ces paroles, mille fois plus terribles dans le pur tudesque, Paris DAS ALTE HAUS DES SATANS. Un voile de plomb s’étendit sur mes yeux, et je n’aperçus plus que quel-