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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/917

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l’autre ne représente que des chevaux de luxe. Tout ce commerce se fait avec peu de conscience. Quelques artistes cependant ont élevé ce genre secondaire jusqu’à la hauteur de l’art. Tels sont MM. Davis et Cooper. Un homme enfin, M. Edwin Landseer, a su faire preuve d’extrême talent, d’esprit, de génie même, en un mot se montrer grand artiste en ne peignant que des animaux. M. Landseer a donné aux bêtes cette ame qu’on leur avait refusée. C’est le La Fontaine de la peinture ; sur sa toile, il fait agir les bêtes comme le fabuliste les fait parler. Il comprend leur caractère, leurs passions, leurs petits calculs de coquetterie, de gourmandise, de paresse même, et sait exprimer jusqu’aux nuances les plus délicates de leurs sentimens, jusqu’au pathétique de leur silence. On nous assure que plus d’une fois on a vu de bonnes gens s’essuyer les yeux devant son tableau de la canne veuve de son canard. Son magnifique chien de Terre-Neuve, distinguished member of the human society, avait cette éloquence d’attitude et d’expression que lui seul a su rencontrer. Il suffisait de contempler un moment ce noble animal qui méritait si bien le nom que le peintre lui avait donné, pour l’aimer et vouloir le caresser. M. Landseer aime, du reste, ces sortes de piquantes épigraphes, ces titres ingénieux qui commentent en trois mots le sujet de sa composition. S’il représente le terrible combat que deux cerfs entourés de troupeaux de biches se livrent sur le bord d’un précipice : Non but the brave deserve the fair (les seuls braves ont droit aux faveurs de la beauté), écrit-t-il à côté du tableau.

Mais nous venons de nous occuper un peu hors de tour de M. Landseer et du genre de peinture qu’il cultive ; nous étions entraîné par le besoin de parler de son talent, qui le place en première ligne. Il est cependant quelques peintres du genre historique que nous devons encore mentionner. Tels sont l’Écossais Harvey, peintre intéressant de Shakspeare braconnier et du Combat de DrumElog, William Dyce, qui a tenté de s’élever jusqu’à la grande peinture religieuse, Charles Landseer, peintre de la Bataille de Langside, Henri Howard, talent froid et académique, que le caractère de sa composition, savamment calculée, et la nature de ses inspirations, tout-à-fait allemandes, semblent détacher du gros de l’école. Gentle nymph Sabrina, l’un de ses meilleurs tableaux, sans être pourtant un chef-d’œuvre, a obtenu ce succès de vogue qu’obtient toujours la correction gracieuse. Comme dessinateur, M. Howard imite surtout Flaxman, mais en l’affadissant ou en le côtoyant de beaucoup trop près. Nous venons de dire que M. Howard se rapprochait des Allemands ; comme eux, il a