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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/914

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morceaux exposés a été joint à cet établissement, l’exhibition de Suffolk-Street n’est plus aujourd’hui qu’une sorte de grand bazar ouvert aux diverses productions de l’art [1].

Les dernières expositions de Somerset House et de Pall-Mall présentaient, en abrégé et d’une manière assez fidèle, la situation de l’école anglaise contemporaine. MM. Daniel Maclise, Haydon, Landseer, Turner, Rothwel et Baily, ainsi que la plupart des artistes jouissant de quelque renom, y avaient envoyé des échantillons de leur savoir-faire. MM. Maclise, Haydon et Landseer ont eu les honneurs de la saison. M. Maclise avait exposé un Hamlet qui a enlevé les suffrages du public, mais auquel les connaisseurs ont reproché de rappeler beaucoup trop le théâtre et pas assez Shakspeare. L’expression, l’attitude et l’ensemble de la composition ne manquaient ni de puissance ni d’énergie, mais cette énergie paraissait plutôt le résultat de certaines combinaisons ingénieuses et d’une sorte d’exagération apprêtée que de ce sentiment juste de la nature, de cette richesse et de cette vigueur d’imagination qu’on appelle le génie.

M. Daniel Maclise est cependant le représentant le plus fidèle de l’école historique anglaise, ou, pour parler plus exactement, de l’école du genre historique, car les Anglais n’ont pas de peintres d’histoire dans l’acception que nous donnons à ces mots. Rien par-delà le détroit qui rappelle, même d’une manière éloignée, les Horaces de David, le Brutus de Lethière, le Marcus Sextus de Guérin, la Mort de César de M. Court, ou, même dans une sphère différente, l’Élisabeth de M. Delaroche, le Massacre de Scio de M. Delacroix, ou la Bataille de Fontenoy de M. Horace Vernet. Les peintres anglais recherchent les détails de l’histoire, ses petits effets, de préférence à ces grandes scènes que beaucoup de nos peintres se sont attachés à reproduire ; ou, s’ils font choix de quelqu’un de ces mémorables sujets propres à émouvoir un esprit sérieux et à donner à l’humanité de ces hautes et terribles leçons dont parle l’orateur sacré, ils semblent s’appliquer à le rétrécir, à le réduire aux dimensions bourgeoises de l’anecdote, et cela autant par la manière de concevoir que par la façon dont ils exécutent. Que par exemple ils aient à peindre la mort de Socrate, ils négligeront le côté philosophique du sujet pour s’occuper de la partie matérielle, songeant à reproduire fidè-

  1. Le prix d’entrée de chacune de ces exhibitions, et même des salles de l’Académie royale, est d’un shilling ; l’exposition de l’Académie royale a produit annuellement jusqu’à 6,000 livres sterl. (150,000 fr.)