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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/911

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vent porté si loin, qu’ils s’attachent à reproduire, à exagérer même le mouvement et la vie de leurs personnages, à faire parler leurs yeux, penser leurs fronts, palpiter leurs poitrines, tout en oubliant de donner à leurs membres les proportions de la nature. Par suite d’un laisser-aller analogue, vous les voyez brillamment toucher un objet accessoire, forçant le relief de certaines parties, laissant toutes les autres dans le vague et souvent à peine indiquées, ne donnant au cercle qu’un seul arc et un seul rayon, et que deux dimensions au solide.

Cette tendance à l’imitation et ce mépris si prononcé pour la forme et la précision ont condamné l’école anglaise à n’occuper qu’un rang secondaire, quel que soit d’ailleurs le mérite des hommes dont elle s’enorgueillit. Si la couleur attire, si l’action attache, la pureté du dessin et la beauté de la forme peuvent seules prétendre à un succès durable ; or, depuis quarante ans, que de peintres ont été tour à tour prônés et oubliés par la foule ! Le patronage des gens riches, à défaut de celui de l’état, les secondait, l’opinion les exaltait ; la plupart ne manquaient ni de puissance d’imagination ni d’originalité, et cependant ils n’ont pu atteindre au premier rang, s’y établir et fixer les sympathies du public. Ce qui leur a manqué, c’est une direction plus rigoureuse au début, c’est la science du dessin, qui ne s’acquiert qu’à force d’observations et d’études, c’est la conscience, c’est la sévérité envers soi-même, ce sont enfin des juges moins distraits ou moins indulgens que ne le sont d’ordinaire les critiques anglais.

Hogarth expliquait d’une autre façon l’infériorité des artistes ses devanciers et ses contemporains : il prétendait que, si les Anglais n’avaient pas mieux réussi en peinture, c’était à leur bon sens qu’il fallait attribuer ce peu de succès. Sir Thomas Lawrence s’égayait fort de cette gasconnade de Hogarth, rapportée far Horace Walpole, et nous l’avons entendu discuter d’une manière très piquante le plus ou moins de vérité de cette tranchante assertion. Il avouait franchement que cet abus du bon sens ne lui paraissait pas avoir laissé de traces bien profondes dans les œuvres de l’école anglaise. Nous l’avions cru sur parole ; depuis, nous avons pu voir, et nous dirons hautement qu’aucun des tableaux de cette école ne nous a paru pécher par excès de bon sens. L’exagération et la bizarrerie prétentieuse nous semblent au contraire les défauts les plus saillans des peintres anglais. Hogarth lui-même, quand il a voulu sortir de ses compositions familières, donne dans certains travers bien différens de