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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/907

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comprit plus parfaitement l’antique, et appliqua, avec une aisance infinie, le style le plus grand et le plus fier aux compositions les plus restreintes. Ses magnifiques esquisses affectent toutes le bas-relief. C’est le modèle le plus parfait de la composition plastique. Dans l’occasion, l’expression tragique ne lui fit pas non plus défaut. Flaxman est à la fois l’André Chénier et l’Alfieri de la statuaire.

Le génie véritable a de tous temps été bien rare. C’est à tort que de nos jours la critique s’évertue à fouiller dans les ténèbres du passé pour en tirer quelques célébrités déchues et replacer fastueusement sur le piédestal d’où le temps les a précipités des simulacres oubliés. Ses efforts arrivent tout au plus à redonner à de prétendus immortels quelques heures d’une vie factice. Une notice ingénieuse et savante, un paradoxe, quelque brillant qu’il soit, ne feront jamais qu’un homme ordinaire soit un grand homme. Le génie vit par lui-même et non par le bruit qu’on peut faire autour de lui. La médiocrité seule a besoin de ces coups de galvanisme pour se grandir et surprendre un moment l’admiration de la foule. Nous réduirons donc de beaucoup la liste de peintres illustres dont Allan Cunningham [1], le Vasari de l’Angleterre, et Horace Walpole [2], le chroniqueur ingénieux des arts, ont fait honneur à leur pays. Si nous ajoutons en effet quelques noms à ceux qui précèdent, nous n’aurons oublié aucun de ces peintres éninens de l’Angleterre dont les biographies remplissent, avec celles de beaucoup d’autres peintres d’un mérite fort douteux, les cinq volumes d’Allan Cunningham.

Cet historien de l’école anglaise remonte, sans douté, un peu haut dans ses investigations du passé. Ainsi il prétend que, lorsque César débarqua sur les côtes de la Grande-Bretagne, il y trouva les arts en honneur et familiers à ses habitans. Il est vrai que, sans entrer dans aucun détail sur ces époques primitives de l’art, Allan Cunningham passe fort brusquement de l’époque de César à celle de Hogarth, citant seulement, dans l’intervalle, quelques noms qui appartiennent plutôt encore à l’Allemagne et à la Hollande qu’à l’Angleterre, Holbein et Van-Dyck par exemple. A ces inexactitudes près, l’ouvrage de Cunningham est intéressant, mais seulement comme recueil de biographies. L’analyse qu’il fait des compositions de ses illustres compatriotes est toujours un peu vague, et l’horizon de sa critique est

  1. The Lives of the most eminent British painters and sculptors, by Allan Cunningham.
  2. Anecdotes de Peinture.