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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/905

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lui est légèrement outré, même la naïveté et le naturel. Benjamin West est un peintre de la force de Rattoni, de Rottari, d’Angelica Kaufmann, et de tarit d’autres artistes si prônés vers la fin du dernier siècle. On reconnaît facilement ses tableaux à la longueur disproportionnée des figures, surtout dans les sujets graves et religieux. West a été plus heureux dans ses marines et ses tableaux de batailles. Le Combat de la Hogue et la Mort de Wolff sont, dans ce genre, des œuvres d’un véritable mérite ; la Mort de Nelson leur est bien inférieure. Ajoutons néanmoins que les gravures de ces tableaux sont de beaucoup préférables aux originaux. Ces tableaux, qui font partie de la collection de lord Westminster, ont rendu West populaire, même chez les Français ; ils prouvent que, si cet artiste se fût spécialement adonné à la peinture anecdotique et aux tableaux de marine et de bataille, il y eût excellé. Le Christ guérissant le paralytique, qui fut payé par les fondateurs de la galerie nationale la somme énorme de trois mille livres sterling, et la Cène donnent la mesure la plus complète de West comme peintre religieux. C’est un talent du troisième ordre.

Si Hogarth avait su peindre, nous l’aurions placé en tête des fondateurs de l’école anglaise, mais ses tableaux sont d’un coloris gris et plâtreux on ne peut plus déplaisant, sa touche a quelque chose de baveux et d’indécis qui repousse. Ses compositions, comme les marines de West, ont donc besoin d’être traduites par la gravure. Hogarth, en effet, n’a de valeur que par la pensée, toujours philosophique, ingénieuse et puissante. Nul n’a pénétré aussi profondément que lui dans les entrailles d’un sujet, et n’a su tirer un plus admirable parti des contrastes. Un détail insignifiant, un vulgaire accessoire, lui suffisaient souvent pour établir une moralité profonde. Par exemple, dans le Mariage du fils de famille ruiné avec une vieille femme riche, la large fêlure qui traverse la pierre où les commandemens de l’église sont inscrits, et qui partage en deux celui qui prescrit la fidélité aux époux, fait peut-être mieux comprendre quelles doivent être les conséquences d’une semblable union, que l’air quelque peu moqueur avec lequel le fiancé passe l’anneau au doigt