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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/901

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Dieu, et ce qui me confirme encore dans cette idée, c’est que, dans les essais de cultes nouveaux qu’a faits ou qu’a favorisés l’esprit polytechnique, les inventeurs ont toujours cherché un moyen d’organisation sociale plutôt qu’une religion. Je dirais même volontiers que c’est par là que ces essais ont péri. Il était trop visible que dans ces religions nouvelles tout était fait de main d’homme. La divinité et la foi manquaient partout, quoique partout proclamées comme nécessaires. On sentait trop que les fondateurs s’étant donné pour problème d’organiser la société, et ayant trouvé que la religion seule pouvait résoudre le problème, ils avaient fait une religion pour satisfaire aux lois de la logique. Ajoutons même que, parmi les réformateurs, ceux qui ont continué à faire, sinon une église, du moins une école, sont ceux qui, plus fidèles que les autres à l’esprit primitif de l’École Polytechnique, cherchent dans la science seule, et non dans la religion, le secret de l’organisation sociale.

En France, l’esprit de l’École Polytechnique avait beaucoup à faire pour revenir à Dieu. Nos habitudes, nos mœurs, nos idées, notre civilisation tout entière, éloignent plutôt qu’elles ne rapprochent l’idée de Dieu. En Orient, c’est le contraire ; tout parle de religion. On peut, en Europe, chercher le secret de l’organisation sociale ailleurs que dans la religion : l’homme, en Europe, offre tant de prises ! En Orient et chez les Arabes, la vie de l’homme est si simple, qu’il n’y a que la religion qui ait prise sur lui. Nous dépendons de nos maisons, de nos meubles, de nos plaisirs, de nos sociétés, de tout ce que le corps a créé pour son aisance. Chez les Arabes, au contraire, le corps est réduit au strict nécessaire : c’est l’ame qui se donne carrière par l’enthousiasme religieux. Ces différences entre l’état social de l’Europe et l’état social de l’Algérie font que personne ne peut songer à y créer quelque chose avec les brillans oripeaux seulement de notre civilisation. Aussi, parmi les hommes éclairés, les uns songent à créer quelque chose à l’aide de la discipline militaire : ils ont foi en l’armée, non-seulement pour conquérir, mais pour coloniser et gouverner le pays. Cette confiance est juste ; nous attendons aussi beaucoup de l’armée, car l’armée est le seul corps social qui soit encore capable d’action, parce qu’il est le seul qui croie encore à la légitimité de sa hiérarchie, et qui se fasse de l’obéissance un devoir et un honneur plutôt qu’une nécessité. Cependant, au ressort de la discipline militaire, d’autres personnes, et le général Duvivier est du nombre, ajoutent ou voudraient ajouter le ressort plus actif encore de l’enthousiasme religieux. La discipline donne l’ordre, mais la foi