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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/877

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ne tenir, dans la pratique, aucun compte des principes : les votes se comptent et ne se pèsent pas ; mais il n’est donné à personne de dénaturer les principes et de leur substituer des chimères. Le désaccord entre la théorie et la pratique, entre la vérité et les faits qui devraient la réaliser, peut encore se prolonger, nous le reconnaissons, mais il ne peut se prolonger indéfiniment. Le public est un élève qui ne perd pas une minute de son temps. S’il n’a pas l’intelligence très prompte, il a le rare avantage de ne rien oublier de ce qu’il a appris. Toute discussion l’éclaire, et le jour même où il paraît sanctionner une erreur, il lui reste au fond de la conscience un doute, un scrupule, qui le ramèneront tôt ou tard à réviser son œuvre.

Les affaires d’Orient en sont toujours au même point. La révolte de la Syrie n’est point apaisée. Les Druses paraissent vouloir se concerter avec les chrétiens contre l’ennemi commun. Les Turcs, ayant échoué dans leurs attaques, ont recours à la corruption et à la ruse. Ils cherchent à diviser leurs ennemis. Le divan et la diplomatie européenne luttent toujours de finesse, de souplesse, d’insistance. C’est une lutte qui ne fait honneur à personne.

Dans les provinces danubiennes, les esprits sont également incertains et agités. Après la déposition de l’hospodar Ghika, qui avait ramené dans le gouvernement les intrigues et la corruption des hommes du Phanar, on se demande à qui sera dévolu le pouvoir ? On parle de deux notables du pays, de deux grands propriétaires, de ceux-là mêmes qui avaient contribué à l’élévation de Ghika, et qui lui ont reproché ensuite d’avoir trahi leurs espérances. Nous ne savons quelles sont leurs tendances politiques, ni si, comme quelques personnes paraissent le croire, ils se trouvent effectivement sous l’influence de la Russie. Ce qui importe aux populations valaques, c’est d’avoir à leur tête des hommes élevés dans les idées européennes, des hommes qui, par une administration éclairée et prévoyante, les préparent à la vie politique et à un meilleur avenir. On dit que les deux candidats ont été élevés en France.

Sur le dire d’un journal anglais, la presse s’est fort occupée, ces derniers jours, d’une note que le ministre de Prusse à Paris aurait présentée à notre gouvernement au sujet de l’union franco-belge, note que les ambassadeurs d’Autriche et d’Angleterre auraient appuyée. Nous ignorons ce qu’il peut y avoir de vrai dans cette nouvelle ou dans ce bruit, comme on voudra l’appeler ; mais en supposant le fait réel et la note conçue dans les termes qu’on rapporte, on aurait le droit de se demander comment la Prusse a pu imaginer une démarche de cette nature. Certes, nul moins que la Prusse n’avait le droit d’y songer. La Prusse a fait bien plus qu’une union commerciale avec des états neutres. Elle l’a conclue avec des états confédérés. Elle a en quelque sorte brisé la confédération germanique. D’un côté se trouve la Prusse avec ses associés ; de l’autre, l’Autriche avec quelques états secondaires. De deux choses l’une : ou l’union commerciale a une influence politique, et en tenant son langage, on pourrait dire de la Prusse qu’elle a dérangé l’équilibre européen, changé les conditions des traités de 1814 et 1815, que, grace à elle, la confédération germanique ne forme plus un tout, une unité, ainsi que