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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/873

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dont l’éclat ne pouvait cacher la fragilité, et dont il était si facile de prévoir la ruine. Les révolutions que l’Espagne vient de subir, les idées générales que le génie européen y fait pénétrer, agiront peu à peu sur les provinces espagnoles, en effaceront les aspérités, en multiplieront les points de contact, et prépareront ainsi, si le temps ne leur manque pas, l’unité espagnole. Mais ce travail, qui, nous nous plaisons à le reconnaître, est commencé, est cependant loin d’être accompli. L’Espagne est encore divisée et subdivisée en mille fractions ; l’esprit local y est encore trop puissant, et même, dans chaque localité, les tendances sont multiples, les intérêts très variés. C’est là le fait qui se reproduit partout, sous toutes les formes ; c’est là ce qui rend si difficile l’intelligence des évènemens de l’Espagne. On s’y égare comme dans les détails de l’histoire du moyen-âge.

Toujours est-il que l’insurrection de la Catalogne est un fait grave et qui n’est pas sans danger pour le régent. Et d’abord il s’est trouvé dans une situation très délicate à Madrid. Les cortès ne sont pas à la dévotion d’Espartero. Sans songer précisément à le renverser, elles tiennent du moins à lui faire sentir leur puissance, à le faire compter avec elles, à jouer dans la monarchie le premier rôle. De là à une lutte entre les deux pouvoirs, la distance n’est pas grande. L’insurrection éclate ; les cortès en sont informées ; par leurs messages, elles témoignent de leur adhésion au gouvernement établi, mais dans quels termes ? La chambre des députés ne se donne pas la peine de rédiger quelques phrases ; elle se borne à faire connaître au régent les termes de la proposition qu’un membre a faite à la chambre et que la chambre a adoptée. La coopération des députés est offerte au régent pour maintenir sans atteinte dans le cercle de la légalité la constitution et les lois. Ainsi, quelque difficiles ou extraordinaires que puissent être les circonstances où le pays se trouvera placé par suite des évènemens de Barcelone, Espartero, loin de songer à aucune mesure exceptionnelle, doit se renfermer strictement dans la légalité.

Le sénat a voulu être, paraître du moins plus courtois. Il a rédigé un discours. C’est un petit sermon. La paix est la première nécessité ; il faut avoir la paix à tout prix, en rétablissant promptement la tranquillité publique. Le gouvernement comprendra bien que c’est là l’objet principal, le plus important de ses devoirs. » C’est bien ; mais cela veut-il dire : Allez, réprimez sévèrement et étouffez à tout prix l’esprit de révolte ? ou cela signifie-t-il seulement qu’après tout il s’agit, non de vaincre, mais d’apaiser, non de venger le régent, mais de rétablir la concorde entre les enfans de la même patrie ? C’est cette seconde version qui paraît ressortir de la teneur du message. La patrie, affligée des excès de quelques-uns de ses enfans, espère que le régent mènera promptement à bonne fin une mission d’ordre, de paix et de conciliation.

Ces actes sont, ce nous semble, fort significatifs. Les cortès paraissent disposées à demander au gouvernement un compte sévère et des causes de l’insurrection, et des moyens qu’il emploiera pour la vaincre. Lui demander la conciliation, c’est supposer que les insurgés n’ont pas tout-à-fait tort ; lui