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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/86

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l’orage soulève les vagues profondes de la mer, et Wæinemœinen y perd sa harpe chérie. Ilmarinen, épouvanté, gémit de s’être confié aux flots. Son sage frère le console et lui dit : — Les larmes ne nous arrachent pas au danger, les gémissemens ne nous sauvent pas des mauvais jours.

Cependant Louhi, non contente d’avoir, par ses invocations, excité la tempête, s’élance sur son bateau, et poursuit les ravisseurs du sampo. Au moment où elle approche, Wæinemœinen lui jette un roc qui brise la barque où elle est assise. Pour assouvir sa vengeance, elle se change en aigle, prend ses rameurs sous ses ailes, vole sur le mât de l’embarcation du dieu, saisit avec ses serres le sampo, et s’efforce de l’enlever. En vain Ilmarinen et Louminkainen la frappent avec leur épée elle reste attachée à sa proie et ne la lâche pas. Wæinemœinen ne se sert point de son glaive, il prend seulement la rame du gouvernail, et en donne à droite et à gauche des coups si rudes, que tous les hommes cachés sous les ailes de Louhi tombent dans la mer, et qu’elle-même a les doigts meurtris et brisés, à l’exception d’un seul, avec lequel elle jette le sampo dans les flots. Une partie du précieux talisman tombe au fond des vagues, une autre est emportée sur le rivage par le courant ; Louhi ne garde que le couvercle du trésor. La sorcière, furieuse, répand les maladies mortelles autour de la demeure des héros. Wæinemœinen chasse ces fléaux dans un autre pays. Elle ensorcèle le soleil et la lune, et cache leur lumière. Ilmarinen et son frère montent à la huitième voûte du ciel, pour savoir d’où viennent ces ténèbres profondes. Là ils font jaillir le feu de la pointe de leurs épées. Une étincelle tombe sur la terre et l’embrase. Le soleil et la lune sont encore invisibles : Ilmarinen fabrique deux astres d’or et d’argent ; mais ils ne répandent aucune clarté. Wæinemœinen se résout alors à tenter encore une fois le voyage de Pohiola. Il s’avance intrépidement dans la maison hostile, et demande où sont les deux globes de lumière qui éclairent le monde. On lui répond qu’ils sont à tout jamais cachés dans les flancs d’une montagne. Wæinemœinen provoque tous ses ennemis au combat, et leur coupe la tête. Il revient auprès de son frère, tous deux tentent de pénétrer dans l’intérieur de la montagne magique, et leurs efforts sont inutiles. Ilmarinen rentre dans sa forge, et se met à fabriquer des instrumens pour briser le rempart de roc. Louhi, sous la forme d’une alouette, s’approche de lui, et lui demande ce qu’il fait. — Un collier de fer, répond-il, pour la femme de Pohiola. La sorcière, effrayée, court dégager le soleil et la lune de leurs entraves, et revient annoncer cette nouvelle à Ilmarinen, qui la porte en toute hâte à son frère ; le dieu de la poésie entonne aussitôt un chant enthousiaste.

Il semble que l’épopée symbolique de la Finlande devrait se terminer là. Le combat du mal et du bien est fini. Les dieux ont vaincu les esprits mauvais, les noires ténèbres se sont entr’ouvertes aux rayons du jour, la clarté des astres célestes a ravivé le monde. Mais Wæinemœinen a perdu sa harpe dans l’orage, et le peuple finlandais est trop amoureux de la poésie pour se représenter son dieu suprême privé du magique instrument qui attendrit la nature entière.