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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/852

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permis d’interroger la pensée royale qui se révèle ici d’une double manière par les noms qu’elle a choisis et par ceux qu’elle a exclus. L’impression générale qu’on éprouve à l’aspect de tous ces bustes rangés comme je vous l’ai dit plus haut, est certainement satisfaisante au plus haut degré. L’intérêt qu’inspire la réunion de tant de grands hommes est un sentiment doux et sympathique, qui laisse à peine à la critique la faculté de se produire. Toutefois j’ai cherché, en faisant quelque effort sur moi-même, à me rendre compte du motif qui avait pu porter l’architecte à ranger, comme il l’a fait, les bustes des héros de sa Walhalla sur un socle continu et sur des consoles isolées, disposition qui ressemble trop à celle d’un musée. Il semble que, puisqu’on avait adopté la forme d’Hermès pour celle de ces bustes, on aurait dû suivre complètement le modèle antique, en ajoutant à chaque buste la gaine qui en aurait fourni tout naturellement le support. On aurait obtenu ainsi, par la réunion de ces Hermès adossés contre la muraille, un effet plus heureux, plus d’accord avec le caractère du monument, l’effet que les anciens eux-mêmes obtenaient dans leurs bibliothèques et dans leurs villas, où ils se plaisaient à réunir des portraits d’hommes illustres sous cette même forme d’Hermès, comme nous en avons un exemple par les Hermès de la villa de Cassius, qui se trouvent au Vatican. Mais l’architecte a certainement eu ses raisons pour suivre le parti qu’il a adopté, et le premier de ces motifs a sans doute été la nécessité de réserver le plus de place possible pour l’insertion de ces portraits, dont les rangs doivent se presser à chaque génération, puisque la destination de la Walhalla est de réunir aux illustrations du passé et du présent toutes celles que renferme un long avenir. Je n’accuse donc pas l’architecte pour la disposition qu’il a donnée à ses bustes ; je regrette seulement qu’il ne les ait pas fait exécuter dans la forme complète de l’Hermès antique, si simple, si grave, si heureuse, et qui se prêtait si bien à toutes les exigences de l’avenir comme à toutes les convenances du local.

Voici du reste la liste de ces bustes, à l’exécution desquels ont été employés les talens de tout ce que l’Allemagne a possédé, dans cet espace de près d’un demi-siècle, de statuaires habiles. Citer Danecker, Horchler, Wolf, Schoepf, Schadow le père, Rauch, Tieck, les deux Schwanthaler, Imhof, Lossow, J. Herrmann, Widemann, Schaller, Bissen, Wredow, c’est dresser la liste à peu près complète de ces artistes qui, au déclin de l’àge, dans tout l’éclat de la renommée, ou au début de la carrière, honorent encore l’Allemagne.