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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/845

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les pommes de l’immortalité. Les angles de ce fronton sont ornés des deux corbeaux d’Odin, Hugin et Munin, d’une manière qui offre toujours l’application du même principe, l’emploi de types germaniques dans un goût grec.

Le troisième fronton offre une image empruntée à cette grande lutte du mal contre le bien, du mauvais génie contre le bon principe, qui se trouve au fond de toutes les cosmogonies, parce qu’elle est dans la conscience de l’humanité tout entière. Ici, c’est l’arbre du monde, le frêne Ygdrasil, qui se déploie dans toute sa majesté, avec l’aigle d’Odin perché à son sommet, les ailes déployées. Les puissantes racines de cet arbre se divisent en un triple enroulement ; sous celui du milieu s’épanche l’urne de la sagesse Mimers, dont les trois Nornes, Vrn, Waronde et Shuld, debout et se tenant par la main comme les Nymphes, les Heures et les Graces de la mythologie grecque, auxquelles elles ressemblent, puisent les eaux salutaires pour arroser les racines de l’arbre du monde, et le maintenir ainsi dans une jeunesse éternelle, contre les atteintes du serpent, Vornunngand, et le grand loup, Fenris. L’écureuil Rotatoskr, qui est l’animal symbolique de cet arbre, forme l’ornement des angles de ce fronton, en sorte que tout se rapporte, dans l’ensemble comme dans les détails de la décoration, à une même idée principale, et que tout y offre un caractère essentiellement germanique, rendu dans un style grec. Cette partie de la décoration de la Walhalla, m’a paru d’un effet neuf et original, en même temps que d’un goût pur et antique, qui fait beaucoup d’honneur à l’invention de l’architecte et à son talent. On sent, par exemple, à l’aspect de la figure du géant Imer, que cette tête est imitée de celle du Jupiter Pluvius ; mais en même temps on y reconnaît un caractère germanique, tel qu’il convient au géant du Nord : la même observation s’applique à toutes les autres figures. M. de Klenze a eu pour collaborateurs, dans cette partie de son travail, un habile peintre, M. Lindenschmitt, très versé dans la connaissance de l’ancien costume germanique, et M. Stigimayer, qui a modelé et coulé lui-même en bronze toute cette riche décoration du plafond. Que dirai-je maintenant de la frise, qui représente, dans un basrelief’ continu de deux cent vingt-quatre pieds de long sur trois et demi de haut, toute l’histoire ancienne de la Germanie, résumée en huit motifs principaux, qui forment autant de grands compartimens, distribués sur les quatre côtés de la cella ? Il faudrait des journées entières pour examiner, figures par figures, cet immense bas-relief,