Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/83

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plaines des morts ? Pauvre femme que je suis ! mon fils à présent n’arrête pas le coq de bruyère dans son essor, les petits oiseaux dans leur vol, l’hermine dans sa course, l’écureuil dans ses sauts.

« Hélas ! non, ma bonne mère, ma tendre nourrice. Tu as élevé sous ton aile une troupe de colombes et de cygnes. Le vent cruel est venu et les a dispersés. L’orage a renversé et brisé la barque des frères. Nous formions autrefois, dans des temps meilleurs, un cercle nombreux ; la maison était remplie de mes sœurs, le bateau rempli de mes frères. À présent, il n’en reste pas un.

« Je me souviendrai toujours des douces années d’autrefois. Je grandissais comme une plante vigoureuse dans notre maison. J’étais beau comme la fleur des champs. Beaucoup de gens alors arrêtaient leurs regards sur moi, et remarquaient ma force. Maintenant mon visage est noir comme les baies de la forêt.

« Je connais le sol où je suis né, et la chambre où j’ai été élevé. Je ne connais pas le lieu où la mort me surprendra. »

Après cet épisode, nous revenons aux principaux héros du poème. Ilmarinen a acheté un esclave qui, selon la tradition, a rompu ses langes et déchiré ses lisières trois jours après sa naissance. On lui donne un enfant à garder, l’esclave égorge l’enfant et brûle le berceau. On lui commande de défricher une forêt, il y jette un sort, et rien n’y peut plus croître. La femme d’Ilmarinen l’envoie paître ses troupeaux, et, pour le punir de ses méchancetés, elle lui donne un pain dans lequel elle a mis une grosse pierre. Le maudit esclave, en trouvant cette pierre, massacre son troupeau et revient au logis avec une quantité d’ours et de sangliers qui tuent la femme d’Ilmarinen. L’esclave s’enfuit. Ilmarinen pleure jour et nuit son épouse chérie, et, ne sachant comment la remplacer, il fabrique une femme d’or et d’argent ; mais il ne peut lui donner la parole, et, quand il repose auprès d’elle, il la trouve trop froide. Il en fait présent à son frère, qui la prend avec joie dans ses bras et s’écrie, après l’avoir serrée sur son cœur : « Ô vous, enfans des nouvelles générations, tant que le monde subsistera, tant que la clarté de la lune brillera dans le ciel, ne vous faites pas une fiancée d’or et d’argent. L’or et l’argent jettent un froid glacial sous les plus chauds vêtemens. »

Ilmarinen, désolé de son veuvage, entreprend un voyage à Pohiola pour y trouver une nouvelle fiancée, et en revient sans avoir pu atteindre son but. À son retour, il raconte à Wæinemœinen de quel bonheur on jouit à Pohiola par le magique effet du sampo. Wæinemœinen l’engage à se joindre à lui pour s’emparer de ce talisman précieux. Ilmarinen cède à ses instances, se forge une grande épée et une magnifique armure, puis tous deux cherchent des chevaux pour entrer en campagne. Mais Wæinemœinen entend un bateau qui soupire au bord de la mer et se plaint d’être abandonné dans l’oisiveté, de ne plus sillonner les vagues, de ne plus combattre. Les deux héros, touchés de ces plaintes, le prennent pour faire leur voyage. Wæinemœinen se place au gouvernail, Ilmarinen rame. Ils rencontrent Louminkainen, qui a une vengeance à exercer à Pohiola et se joint gaiement à eux. Tout à coup leur bateau