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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/817

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un instinct merveilleux les guide ; le moindre indice les éclaire : le papier qui a bourré l’arme à feu, un instrument oublié, la trace des pas, les souvenirs des voisins, les produits du crime retrouvés, des dépenses excessives faites sans ressources justifiées, un mot échappé dans la colère ou l’ivresse, rien n’est négligé ; toutes les mémoires sont interrogées, les circonstances constatées, les informations recueillies. A certaines époques, les logis publics mal famés, les cabarets infects de la populace, sont tout à coup fouillés, pendant la nuit, tous à la fois, à l’improviste, par les brigades de la police de sûreté ; des patrouilles nombreuses entourent les carrières de la banlieue, en ferment les issues, en explorent les profondeurs. Ces expéditions mettent sous la main de l’autorité une foule de repris de justice, de forçats, de misérables sans ressources, sans papiers, sans moyens d’existence : les évadés sont renvoyés au bagne ou dans les maisons centrales ; les libérés, poursuivis judiciairement pour rupture de ban, les gens sans asile pour vagabondage, et Paris peut reposer plus tranquille, délivré, au moins pour quelque temps, de la présence de ces hôtes faméliques et désespérés. La nuit, les agens de sûreté se répandent dans les rues et par petits groupes, bien armés, bien résolus ; ils parcourent les lieux les plus déserts, les plus propres à tenter l’audace des malfaiteurs ; ils se glissent dans l’ombre, sans bruit, se blottissent le long des maisons, arrêtent l’individu qu’ils trouvent porteur de paquets suspects ou même embarrassé dans sa contenance, et jugent d’après ses réponses s’ils doivent lui laisser continuer sa marche, le reconduire au domicile qu’il s’est donné, ou le mettre en lieu sûr. La garde municipale leur prête assistance pour ces courses nocturnes, et des patrouilles, où les pas n’ont point de bruit et l’uniforme point d’éclat, saisissent aussi et les individus prêts à commettre un crime et ceux qui emportent dans les ténèbres les produits délateurs du crime déjà commis. Ainsi, les défenseurs de l’ordre et du repos public rivalisent d’activité, de persévérance et d’adresse avec les familiers du crime ; la reconnaissance des honnêtes gens récompense leurs efforts, la force sociale les soutient, le sentiment du droit les relève, les anime et assure leur succès.

Le premier soin de tout malfaiteur arrêté est de cacher son nom et d’empêcher que son identité soit constatée ; la police de sûreté a des agens dont la mémoire impitoyable retrouve les traits de tous ceux qu’ils ont une fois aperçus ; ils appliquent, avec une exactitude qui n’est jamais en défaut, tous les signalemens publiés par l’autorité administrative. Les archives de la préfecture de police contiennent