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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/811

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prises en considération. Peu de fonctions exigent plus de tact, de connaissance du cœur humain, de finesse et d’activité, que la direction de la police politique.

A l’aide des instrumens dont il dispose et des renseignemens qu’il se procure, à prix d’argent ou gratuitement, le préfet est informé des faits les plus graves, et, s’il ne connaît pas tous les actes préparés contre la paix publique, du moins le plus grand nombre lui est révélé.

Beaucoup de personnes, même des plus éclairées, s’imaginent qu’il sait tout ce qui se passe dans Paris, que pas un désordre de famille, une aventure scandaleuse, presque une querelle de ménage, ne lui échappent. Elles désireraient, disent-elles parfois, exercer cette fonction, ne fût-ce que vingt-quatre heures, afin d’obtenir des révélations si curieuses, si piquantes, si dignes d’attention. A les entendre, on se croirait encore au temps où le lieutenant-général de police avilissait son caractère pour distraire la vieillesse d’un roi blasé par la débauche. Autre est aujourd’hui la police : elle se refuse à ces indignes recherches. Pour elle aussi, la vie privée est murée, car l’esprit de faction qu’elle poursuit appartient à la vie publique, même quand il se couvre d’un voile. Des informations réclamées par les familles elles-mêmes font quelquefois entrer la police dans leurs secrets intérieurs, mais elles sont rares, recueillies avec une extrême réserve et ensevelies dans un religieux secret. Quant à celles qui touchent à la politique, elles se renferment dans leur objet ; la police serait coupable de violer les mystères de la vie intime et de profaner le sanctuaire domestique.

Mais elle doit être présente partout où s’organise la sédition, dans l’atelier où s’enrégimentent des soldats pour la révolte, dans le cabaret où des affidés se réunissent, à certains jours donnés, pour concerter l’émeute ou l’attentat, au sein des sociétés secrètes où le meurtre et l’assassinat se placent sous la garantie sacrilège d’un serment odieux ; elle doit saisir les publications clandestines qui enflamment des ames crédules, les armes, les dépôts de poudre, exécrables munitions de la guerre civile, et s’emparer de tous les agitateurs qui se disposent à porter le trouble dans nos cités et le deuil dans nos familles. Elle doit aussi élever ses regards plus haut, heureuse et fière quand elle sait dépouiller de leur lâche incognito les chefs de ces tentatives anarchiques, ceux qui, se tenant à l’ombre, exposent au péril de pauvres victimes dont ils ont égaré l’ignorance et trompé la bonne foi : détestables ambitieux qui cachent sous les dehors du patriotisme les plus égoïstes désirs, les passions les plus cupides.