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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/78

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roc. À la troisième épreuve, la fortune abandonne Wæinemœinen. La hache lui entre dans le genou. Il essaie de guérir lui-même sa blessure ; malheureusement il a oublié les paroles magiques qui seules pourraient apaiser sa douleur, et il s’en va à la recherche d’un sorcier. Celui-ci se rappelle ce que le dieu a oublié. Il connaît son métier de sorcier et l’exerce avec dextérité, en sorte qu’après avoir été soumis à son opération, Wæinemœinen se retrouve plus fort qu’il ne l’était avant sa blessure. Il arrive enfin sur le sol natal, engage son frère à se rendre à Pohiola pour y fabriquer le sampo. Ilmarinen refuse d’aller dans ce pays sauvage. Wæinemœinen l’attire dans la forêt, et par un chant magique soulève une tempête qui emporte le forgeron à Pohiola. La prévoyante maîtresse de maison le reçoit avec empressement et lui présente sa fille, parée de ses plus riches vêtemens. Le jour, il travaille à confectionner le sampo ; la nuit, il tâche, mais inutilement, de gagner le cœur de la jeune fille.

Sur ces entrefaites arrive un autre amoureux, d’une nature tout opposée à celle des deux précédens, d’un caractère aussi passionné, aussi entreprenant que celui de Wæinemœinen le sage, de Wæinemœinen le vieux, comme l’appellent les traditions, est prudent et réservé. Il s’appelle Louminkainen, et l’on ne sait à quelle race il appartient ; ce qu’il y a de sûr seulement, c’est que sa mère est une habile sorcière. Elle prévoit les malheurs auxquels il va s’exposer, et veut l’empêcher de quitter le seuil paternel. Tous ses conseils sont autant de paroles perdues : Louminkainen aime la jolie fille de Pohiola et veut la demander en mariage. Pour l’obtenir, il faut qu’il tue d’abord un élan dans les domaines de Hiisi, le redoutable géant qui gouverne les forêts, Cette première épreuve accomplie, il faut qu’il s’empare d’un cheval sauvage ; enfin, qu’il atteigne un cygne sur le fleuve de la mort. Ici il est surpris par un sorcier qui lance contre lui un serpent venimeux. Il tombe dans les eaux du fleuve, et le courant l’emporte dans l’empire des morts, où les fils de Tuoni le coupent en morceaux. Sa mère, ne le voyant pas revenir, part avec les ailes de l’alouette pour Pohiola, apprend de quel côté il est allé, et le cherche pendant de longs étés et de longs hivers. « Elle ne sait pas, dit le poème, elle ne sait pas, la pauvre mère, ce qu’il est devenu, à quelle chair la chair de son fils est mêlée, dans quel sang coule son sang, s’il est encore sur les vagues ou sur la terre, sur les rochers ou dans les bois. Elle erre dans les forêts comme un sanglier ; elle se glisse dans l’eau comme un serpent aquatique ; elle court à travers les pins comme un écureuil, et à travers les rocs comme une hermine ; elle le cherche sous le feuillage des arbres, sous les touffes de gazon, sous les racines de la bruyère. Elle interroge le sentier de la montagne, la lune et le soleil : le sentier et la lune ne l’ont pas vu ; le soleil lui dit qu’il est au-delà des mers, dans le fleuve des morts. » Elle se fait faire alors un rateau d’acier dont les dents ont cent brasses de longueur, traîne ce rateau dans les vagues profondes, retire l’un après l’autre les membres de son fils ; quand tous ces membres sont réunis, elle invoque le secours de Méhilaeinen. L’oiseau magique s’envole au-delà des régions du soleil et de