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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/731

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momens les plus importans et de s’en aller lui-même, à cinq ou six lieues de distance, se mettre à la disposition de son propriétaire ; mais le Finlandais est doué du caractère le plus patient et le plus résigné. Nul autre peuple n’accomplit comme celui-ci la sentence de la Bible : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Il travaille sans murmurer, et souffre sans se plaindre. Tel je l’ai vu, il y a trois ans, dans les sombres provinces du Nord, tel je le retrouve ici sur ces côtes méridionales, et je l’observe avec un profond sentiment d’intérêt et de sympathie.

Malgré le mélange de races établi dans la province de Viborg par la conquête et les colonisations du commerce, la tribu finlandaise a encore conservé plusieurs de ses anciens usages. On rencontre encore çà et là des familles nombreuses qui depuis plusieurs générations forment un petit monde à part, cultivent les mêmes champs, vivent de la même vie, et ne s’allient à aucune famille étrangère. Un des vieillards de la tribu a sur elle un ascendant patriarcal ; il ordonne et il conseille, il apaise les différends et condamne les coupables. Sa parole est aimée et respectée comme celle d’un père, et son jugement a plus d’autorité que celui d’un tribunal. A voir une de ces honnêtes familles réunie dans l’enceinte de ses domaines, prenant part aux mêmes travaux et s’associant aux mêmes fêtes, on dirait une institution de frères moraves, moins les rigueurs d’une loi systématique et la contrainte d’un devoir journalier. Tout est ici amour, union, confiance ; tous les membres de cette communauté sont attachés l’un à l’autre par les souvenirs d’une affection héréditaire, par les liens du sang. Celui qui les dirige est leur parent à tous, leur père, et leur aïeul, leur Nestor par l’âge, leur Mentor par l’expérience, leur maître par un sentiment réciproque de confiance et de tendresse. L’intérêt et l’orgueil ont amené la révolte dans le sanctuaire de ces pieuses associations. De jour en jour leurs liens se relâchent et se brisent. Un vieux proverbe finlandais dit : « Mieux vaut une bonne guerre qu’une mauvaise paix ; » quand les membres de l’ancienne communauté sentent que les fondemens de la concorde générale sont ébranlés, ils se retirent et s’en vont chercher ailleurs une autre demeure. Bientôt il ne restera plus de ces touchantes réunions de famille qu’une image voilée et un souvenir lointain.

Les cérémonies usitées autrefois dans les fiançailles et le mariage subsistent encore dans la plupart des paroisses. Quand un jeune homme veut se marier, il choisit parmi ses parens ou parmi les paysans les plus expérimentés du village un orateur chargé de formuler sa demande. Tous les deux s’en vont devant la maison de celle dont ils veulent solliciter la main ; les parens de la jeune fille, prévenus de leur visite, les amis et les voisins, sont réunis dans une même salle. L’orateur prend la parole, il énumère en termes pompeux les qualités, les mérites du prétendant, tout ce qu’il possède déjà et tout ce qu’il possédera un jour. Quand il a fini sa harangue, son client s’avance et offre des présens aux plus proches parens de la jeune fille, un anneau, à celui-ci, une ceinture à celui-là, quelques pièces d’argent au père et à la mère. Si ces présens sont acceptés, il est admis comme fiancé, et il a