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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/724

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se retira à Helsingfors. Là, il abdiqua tout emploi, s’éloigna de ses anciennes relations, s’isola complètement du monde, et mourut quelques années après. Un fonctionnaire finlandais qui l’avait particulièrement connu m’a assuré qu’il était mort de chagrin.

Chaque jour, un bateau à vapeur fait plusieurs fois le trajet de Helsingfors à Sveaborg, et porte les passagers jusqu’au pied de la forteresse. Si l’on pénètre dans l’enceinte, on ne rencontre que des forçats traînant leur chaîne et des soldats. Si l’on fait mine de s’arrêter en face d’une inscription ou de vouloir franchir le seuil d’une porte, un factionnaire, le sabre sur la hanche et le fusil au bras, vous adresse aussitôt un énergique commandement qui coupe court aux velléités de causerie et d’exploration.

Sur les rives du golfe, sur les bords des baies, qui se découpent et fuient de tous côtés, il y a une quantité de ravissantes maisons de campagne et de sites admirables. Le dernier qu’on vient de voir est celui qu’on proclame le plus beau ; on traverse un bras de mer, on gravit une colline, et on en voit un plus beau encore. C’est comme un pays de fées, un pays trop ignoré, auquel on pensera souvent quand on en aura connu la douce et mélancolique beauté. Pour moi, je me souviendrai toujours des forêts de Standsvik, des coteaux, solitaires de Mailand, des verts jardins de Traëskenda, des frais horizons de Lemmsoeholm.

Quand j’arrivai à Helsingfors, toute la ville était en mouvement : on attendait le prince héréditaire, et on lui préparait une réception pompeuse. L’architecte impérial et les ouvriers transformaient en salon de bal la grande salle de l’hôtel des voyageurs ; les cuisiniers des riches familles avaient été mis en réquisition pour préparer le souper. Dans tous les salons, on n’entendait parler que de gaze et de dentelles ; chez les marchands, on étalait les pièces de soie de Lyon et les velours d’Allemagne. Le printemps seul, le paresseux printemps du Nord, auquel on demandait des fleurs et des fruits, faisait la sourde oreille et continuait lentement sa marche habituelle.

Les salves d’artillerie retentirent enfin sur les remparts de Sveaborg. Le grand-duc arriva sur un magnifique bateau à vapeur. Il alla d’abord à l’église, selon l’usage des souverains russes. Il visita le sénat, l’université, dont il est le curateur, et les établissemens de bienfaisance ; puis, le soir, il parut au bal, préparé depuis tant de jours. C’est un grand et beau jeune homme, d’une figure douce et intéressante. Dans le rapide entretien qu’il a bien voulu me faire l’honneur de m’accorder, il a parlé avec une grande justesse d’esprit de quelques pays étrangers, et avec une vive sympathie de ce beau pays de Finlande qu’il venait voir pour la première fois, et dont l’aspect le charmait. Il était accompagné du prince de Mentschikoff, gouverneur-général de la province, amiral de l’empire, l’un des hommes les plus spirituels et les plus instruits qui existent parmi les hauts fonctionnaires russes. A chaque instant, le grand-duc se tournait vers lui, et semblait le consulter avec la déférence d’un élève modeste qui interroge son maître. Le lendemain au soir il partit, après un autre bal, accompagné d’une foule d’étudians, de bourgeois, d’ouvriers,