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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/721

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dames de Helsingfors ne se soucient point d’aventurer les graces de leur esprit dans les parages rocailleux où celles de Paris marchent d’un pied si léger, soit qu’elles craignent l’oreille de la police et de la censure.

Cette société est du reste très spirituelle, très éclairée, et pratique avec une amabilité parfaite les vertus hospitalières de ses ancêtres. L’hiver, les soirées et les bals la réunissent fréquemment ; l’été, elle émigre en partie pour la campagne. Ceux que leurs fonctions retiennent en ville se consolent de leur solitude par le mouvement continuel des bateaux à vapeur, par l’arrivée des étrangers qui viennent peupler la maison de bains ou les jolies villas des environs de Helsingfors. Une de ces villas mérite d’être saluée avec respect. Elle a été construite, il y a vingt ans, par une brave femme, qui y a établi un café, une table d’hôte, et qui s’est imposé l’obligation de nourrir gratuitement ceux de ses habitués qui viendraient à se trouver gênés dans leurs affaires. Après avoir payé leur pension pendant quelque temps, si un malheur de fortune s’appesantit sur eux, si leur bourse est vide et leur crédit épuisé, ils sont sûrs du moins de garder leur place à la table de leur bonne hôtesse ; ils viennent là comme de coutume, ont leur couvert mis comme par le passé, sont servis avec une politesse toujours égale, et je crois même que ceux qui ont l’habitude de fumer trouvent de temps en temps à côté de leur assiette un fin cigare de la Havane. On dit que l’excellente fondatrice de ce charitable restaurant ne s’enrichit point, le nombre de ses habitués gratuits augmentant toujours avec celui de ses abonnés payans ; mais de combien de vœux n’est-elle pas entourée chaque jour, et combien de regrets la suivront dans sa tombe !

A quelque distance des faubourgs de la ville est l’hospice des fous, magnifique édifice, construit tout récemment au milieu d’un grand parc, au bord de la mer. On y arrive en longeant le mur du cimetière, ce refuge de toutes les douleurs ; on y entre et l’on en sort par la chapelle ; pour invoquer en passant la miséricorde de Dieu ou le remercier à l’heure de la guérison. De tous côtés, on aperçoit une vaste perspective dont l’aspect seul doit distraire les regards de ceux qui souffrent. Ici apparaît la haute tour de l’église, qui s’élève au-dessus des maisons de la ville comme une pensée d’espoir ; là le golfe, où souvent la pauvre barque surprise par l’orage vacille et chavire, comme la raison humaine dans les orages du monde.

Deux médecins, dont l’un a visité avec soin les meilleurs hospices de France et ceux des principales villes de l’Europe, donnent leurs soins journaliers à cet établissement, sous la surveillance immédiate du directeur-général des institutions médicales de Finlande, M. Haartmann, qui a puissamment contribué à sa fondation. Il y a là soixante-trois fous, hommes et femmes, riches et pauvres, les uns payant eux-mêmes une pension, les autres envoyés dans cette maison par la pitié de leur paroisse. Pour une somme de 500, de 400, de 300 francs même, l’hospice les adopte ; mais, lorsqu’ils meurent, l’hospice partage leur héritage avec leurs enfans. Chacun d’eux occupe une jolie chambre, très propre, bien meublée. Quand le temps est beau, les