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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/680

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François Ier et Richelieu après lui prirent leur point d’appui en Allemagne, et s’efforcèrent de rallier sous leur patronage les princes protestans. Louis XIV entreprit la longue et périlleuse guerre de la succession, pour avoir dans l’Espagne une succursale de la France, et, comme il l’a dit lui-même, afin qu’il n’y eût plus de Pyrénées.

La convention, obéissant en cela aux mêmes instincts qui avaient poussé la vieille monarchie, sema les républiques autour de nos frontières : la république batave, la république cisalpine, et tant d’autres, sans parler des provinces qu’elle réunit définitivement au territoire français. Napoléon exagéra ce système, et l’affaiblit par conséquent. Non content de posséder directement la Belgique, les provinces rhénanes, la Suisse, la Savoie et la partie septentrionale de l’Italie, il avait placé des rois de sa famille ou de sa façon à Naples, à Madrid, à La Baye, à Cassel. On ne retrouve la pensée traditionnelle de la politique française que dans l’acte par lequel il institue la confédération du Rhin, et s’en déclare le protecteur.

La confédération du Rhin est devenue la confédération germanique ; l’Europe a tourné notre avant-garde contre nous. Dépouillés de là Savoie, des provinces rhénanes et de la Belgique, nous sommes encore supplantés en Espagne par l’Angleterre, et par l’Autriche dans le Piémont. Soit impuissance, soit défaut de sens ou de volonté, notre gouvernement a successivement abandonné depuis 1830 les populations de la Pologne, de l’Italie et de I’Allemagne, qui espéraient en nous. La Belgique s’est offerte en 1831, et, par respect pour les traités de Vienne, elle a été refusée !

L’occasion se présente aujourd’hui de ressaisir le système entier de nos alliances. On peut commencer -par la Belgique et finir par l’Espagne. En peu d’années, avec de la vigueur et de la persévérance, on aurait complété le faisceau. La France s’est interdit les conquêtes politiques ; il lui reste les conquêtes commerciales. Que si les hommes qui la conduisent allaient pâlir devant l’étendue et la hauteur de cette entreprise, ce serait, nous le disons avec une conviction profonde, le plus grand malheur qui pût encore lui arriver, car elle cesserait aussitôt d’être le point de mire des peuples, et elle aurait justifié l’arrêt des diplomates coalisés le 15 juillet 1840, qui l’ont condamnée à n’être plus en Europe qu’une puissance de second rang.


LÉON FAUCHER