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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/677

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trie, se faisant une arme de la réunion contre l’union, déclarent que, ce qu’ils seraient prêts à supporter comme citoyens pour agrandir notre territoire, ils ne l’admettent pas comme producteurs quand il ne s’agit que d’augmenter le nombre de leurs concurrens.

Aux premiers il n’y a rien à dire, sinon que nous n’avons pas le choix en ce moment de la manière de nous associer les Belges, que l’époque où nous vivons n’est pas une période de conquêtes, et que les agrégations d’hommes s’opèrent, dans chaque siècle, par des procédés différens. Les populations, qui unissaient en 1812 leurs sentimens et leurs intérêts politiques, mettent aujourd’hui en commun leurs forces industrielles et leurs intérêts commerciaux. La Prusse a eu la première l’instinct de cette nouvelle situation, qui n’a pas moins servi à son agrandissement que les conquêtes de Frédéric II. Pourquoi la France aurait-elle à se repentir de suivre l’exemple que la Prusse lui a donné ?

Pour ce qui est des industriels qui se résigneraient, à les entendre, à la concurrence des produits belges, dans le cas où la Belgique serait réunie à la France, il suffit de leur répondre que la Belgique nous a déjà été offerte, et qu’ils l’ont refusée en 1831. Voici les paroles prononcées par M. Cunin-Gridaine devant la chambre des députés, le 28 janvier 1831, dans un moment où la réunion de la Belgique à la France était flagrante, et„ où ce peuple nous demandait un roi :

« Ce n’est pas seulement un roi qu’il faut à la Belgique, c’est à la Hollande et à ses débouchés qu’elle cherche un équivalent. On ne peut nier que la France ne méritât la préférence ; aucune nation ne pouvait offrir un plus vaste marché à cette masse de produits dont les magasins belges sont encombrés. La réunion soudaine eût fait tomber cette ligne de douanes qui, malgré les efforts de la contrebande la plus active, refoule et paralyse entre ses mains tant de richesses manufacturées. Cette belle chance avait aussi allumé la fièvre, des spéculations, et déjà d’immenses dépôts de marchandises anglaises s’accumulaient en Belgique pour couvrir notre territoire au jour où la réunion devait avoir lieu.

« Je n’ai pas besoin de vous décrire les effets d’une pareille invasion. Sur la foi des traités qui nous ont séparés de la Belgique, l’industrie française a pris un développement immense ; ses produits dans des branches rivales se sont multipliés. Surprise au moment de sa plus grande activité par une révolution heureuse et nécessaire, mais qui, comme toutes les révolutions, a eu pour premier effet d’inquiéter le crédit et de restreindre la consommation, elle n’a pas perdu courage. Les producteurs ont tout espéré de l’attitude de la France et de la sagesse de son gouvernement. Vous étonnez-vous que le gouvernement n’ait pas voulu tromper tant d’espérances, rendre stériles tant de patriotiques efforts (lisez : « que le gouvernement français ait refusé la Belgique ») ?

« Admettant encore que le gouvernement condamnât la France, déjà surchargée de ses propres produits, à livrer exclusivement son marché à des pro-