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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/639

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Heshter mourut, la poésie et l’amour se réveillèrent dans le cœur de Lamb, et produisirent ce charmant poème, qui se terminait par ces deux stances que leur calme apparent rend plus touchantes :

« Vous êtes donc partie avant moi, ma piquante voisine, ma belle Hesther ? partie pour le pays silencieux et inconnu ! Ah ! vous reverrai-je encore, Hesther, comme autrefois, par quelque matinée d’été ? Retrouverai-je cette lumière joyeuse de vos regards, qui frappaient de bonheur toute une journée, bonheur ineffaçable, avant-goût du ciel, pressentiment divin [1] ! »

Il transporta toutes ses affections sur sa sueur, celle qu’il nomme Brigitte dans les Essais d’Élia, et lui dédia son premier recueil de poésies. On lit ces mots sur la première page du recueil : — « Ces poésies, en petit nombre, filles de l’imagination et du cœur, nées lorsqu’aux heures de loisir la paresse et l’amour les faisaient éclore, je les dédie à Marie-Anne Lamb, ma meilleure amie et ma sœur ! »- Et plus bas, ce sonnet, l’un des plus beaux de la langue anglaise : — « Amie de mes jeunes années, compagne chère de mes jours d’enfance, mes joies furent tes joies et mes peines tes peines. Tous deux pèlerins pauvres, nous marchâmes du même pas dans ce rude chemin qu’on nomme la vie. La route est solitaire et dure. Égayons-la de notre mieux par quelque chanson joyeuse et quelque bon conte d’autrefois. Ainsi font les voyageurs, faisons de même ; nous parlerons aussi des chagrins qui sont passés, des douleurs que Dieu a guéries, des graces accordées par lui, et de son amour tempérant sa justice [2]

  1. My sprightly neighbour, gone before
    To that unknown and silent shore !
    Shall we not meet as heretofore
    Some summer morning ?
    When from thy cheerful eyes a ray
    Hath struck a bliss upon the day
    A bliss that would not go away,
    A sweet forewarning !

  2. Friend of my earliest years, and childish days,
    My joys, my sorrows thou with me hast shared,
    Companion dear ; and we alike have fared,
    Poor pilgrims we, through life’s unequal ways.
    It were unwisely done, should we refuse
    To cheer our path, as featly as we may
    Our lonely path to cheer, as travellers use.