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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/589

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est bien conduite, étendre chaque année ses racines. C’est un instrument puissant entre les mains du parti radical, et il est à croire qu’il ne le laissera pas échapper.

Ce que je conclus de là, c’est que ni par ses doctrines, ni par ses hommes le parti radical n’est mûr, et qu’avant de prétendre à gouverner le pays, il faut qu’il fasse un long et sérieux travail sur lui-même et sur les autres. « Il est bon sans doute, disaient l’Examiner et le Morning-Chronicle, peu de jours après la chute de lord Melbourne, il est bon de songer à faire un ministère réformiste ; mais il y a quelque chose de plus pressé, c’est de refaire un parti réformiste. » Cela est parfaitement exact. Il y a aujourd’hui des réformistes de diverses nuances et de divers degrés : il n’y a plus de parti réformiste, et c’est aux radicaux bien plus qu’aux whigs qu’il appartient d’y songer.

Je n’ai parlé jusqu’ici que des partis représentés dans le parlement, que de ceux qui ne sortent pas des bornes de la constitution. Cependant il en est deux qui ont de bien autres projets, et qui n’aspirent à rien moins qu’à refaire de fond en comble, l’un la société, l’autre la constitution. Ce sont les socialistes et les chartistes. Les socialistes, qui ont adopté pour symbole cette phrase de M. Owen, « que le véritable et unique Satan dans ce monde, c’est la religion, le mariage et la propriété, trinité formidable et monstrueuse, source inépuisable de crimes et de maux ; » les socialistes paraissent, depuis deux ans, avoir perdu plutôt que gagné, et l’on n’entend plus guère parler d’eux. Pour donner signe de vie, ils en sont réduits à s’unir de temps en temps aux chartistes, et à venir troubler quelques réunions religieuses, la réunion, par exemple, de la société pour la propagation de l’Évangile dans les pays étrangers. Alors ils mettent violemment à la porte les membres de la société, s’emparent du fauteuil, et prononcent des phrases telles que celles-ci : « Les curés sont tous des voleurs, des pillards et des assassins. » Hors ces petites débauches, leur action, si elle existe, est lente et cachée, et le temps n’est plus où leur patriarche, M. Owen, se faisait présenter à la reine par lord Melbourne. En 1840, la secte de M. Owen avait soixante-une sociétés affiliées, inondait l’Angleterre de petits écrits à bas prix, et tenait dans quelques grandes villes manufacturières des séances publiques. Tout cela a disparu, ou du moins ne produit plus assez d’effet pour que la polémique s’en empare. Il en est autrement des chartistes que leur défaite de 1840 sembait avoir abattus, mais qui depuis ont repris des forces et du cou-