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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/583

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trois fractions qui soutiennent sir Robert Peel, mais sans l’aimer, et que la nécessité seule retient sous son drapeau. A vrai dire, dans le grand parti conservateur, il y a aujourd’hui deux partis bien distincts, le vieux parti tory, celui des Eldon et des Castelreagh, avec son bagage d’étroits préjugés, d’idées bigotes, de passions égoïstes, et un parti tory modéré, qui vit, pense, marche avec son temps. De ce deux partis le premier vote en gémissant, le second gouverne, et s’assimile par degrés tout ce que l’autre contient d’hommes qui ont quelque valeur et quelque avenir. « Du temps de lord Melbourne, disait l’autre jour l’Examiner, sir Robert Peel avait l’habitude de se vanter que, bien que les whigs fussent cri place, les conservateurs étaient réellement au pouvoir ; on peut dire aujourd’hui avec au moins autant de raison que, bien que les tories soient en place, les principes des whigs sont au pouvoir. » L’Examiner ne dit pas assez, et il pourrait ajouter qu’il y a quinze ans, beaucoup de whigs auraient reculé devant la hardiesse des mesures que sir Robert Peel, chef des tories, propose aujourd’hui et fait accepter par son parti. Il résulte de là tout simplement que, depuis quinze ans, tout le monde, excepté les vieux tories, a fait quelques pas en avant, les tories modérés vers les whigs, les whigs vers les radicaux.

Quoi qu’il en soit, jusqu’au ministère actuel, les vieux tories pouvaient encore se flatter de recouvrer un jour le pouvoir. Cet espoir aujourd’hui ne leur est plus permis, et en donnant au cabinet Peel non-seulement leur appui, mais les plus distingués de leurs membres, ils ont accompli leur destinée. Pour ce parti, désormais expirant, il n’y a dont ; plus qu’une question, celle de savoir s’il se laissera enterrer tout doucement ou s’il se résignera à une transformation nécessaire. En attendant, il est possible qu’il veuille une fois lutter contre la mort, et que dans les convulsions de son agonie, il fasse courir à sir Robert Peel quelques dangers sérieux ; niais ce ne serait certes pas à son profit. On peut se demander d’ailleurs, après ce qu’il a supporté cette année, quelles sont les mesures assez contraires à ses intérêts ou à ses goûts pour le pousser à une scission définitive. L’église seule serait encore assez forte pour accomplir ce miracle, si l’église elle-même n’était en proie à des divisions intestines qui paralysent ses efforts.

Quant aux tories modérés et à leur illustre chef, il faut reconnaître qu’ils ont admirablement joué leur partie. Ce n’est certes pas à eux qu’on pourra dite qu’ils sont le parti des bornes ; ce n’est pas eux surtout qui se pareront jamais avec orgueil d’une telle qualification. Ils