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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/578

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se borna pour cette fois à quelques injures adressées aux catholiques par M. Plumptree, par le colonel Varner, par M. G. Smith, et rendues avec usure aux protestans par O’Connell. Quand en France, où l’on possède réellement la liberté des cultes, on lit de pareilles scènes, on n’y comprend rien, et on se croirait volontiers transporté à deux ou trois siècles en arrière ; mais en Angleterre, les passions religieuses chez un petit nombre, les intérêts politiques ou privés que masquent ces passions chez beaucoup, font que, depuis les hustings populaires jusqu’aux salles de Westminster, la dispute théologique a de temps en temps son jour, avec ses accompagnemens ordinaires, la violence et l’outrage.

Je ne mentionne que pour mémoire la proposition de M. Plumptree, qui voulait que les chemins de fer ne pussent transporter personne le dimanche, hors le cas de charité ou de nécessité. Huit voix seulement ayant été assez intrépides pour appuyer cette proposition, on ne peut pas la citer au nombre de celles par lesquelles la division tendit à s’introduire entre sir Robert Peel et son parti.

Ainsi la loi des céréales, le tarif, notamment en ce qui concerne les bestiaux, le gouvernement de l’Irlande, l’enquête électorale, la loi des pauvres et la réforme des revenus ecclésiastiques, voilà, de bon compte, six discussions très importantes où quelques tories votèrent centre le cabinet, où beaucoup d’autres ne le suivirent qu’à contre-cœur. Et ce ne fut pas seulement un mécontentement muet. Dans la chambre, en présence de sir Robert Peel, bien peu de membres du parti ministériel allèrent jusqu’aux reproches : tout au plus lui rappelèrent-ils tendrement les services qu’ils lui avaient rendus, et lui représentèrent-ils qu’il les menait un peu trop vite ; mais dans la presse, où l’on se ménage moins, il y eut bien des explosions, celle par exemple du Times, qui, le 20 juillet, s’avisa de dire « que le cabinet n’avait aucun titre à l’appui de la portion respectable de la nation, vu que, sur les questions religieuses et morales, il avait précisément les mêmes opinions que ses prédécesseurs. » De toutes ces attaques, la plus curieuse sans contredit fut celle d’un membre distingue de la chambre des communes, sir Richard Vyvian, qui, dans une lettre aux électeurs de Helston, dénonça formellement la trahison de sir Robert Peel. Selon lui, « le pouvoir obtenu par sir Robert Peel sous de faux prétextes est employé arbitrairement et avec violence sans que la résistance soit possible, aucune fraction indépendante du parti tory n’étant assez forte pour tenir tête au chef impérieux que ce parti s’est donné. » - « Cependant, ajoute sir Ri-