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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/576

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Je ne suis point de ceux qui, à la vue de ces pratiques anglaises, s’écrient que le gouvernement représentatif est chez nous bien mieux assis et bien plus pur. La corruption sous toutes les formes est sans doute détestable ; mais la forme anglaise, après tout, n’est pas la pire, et quand on achète des voix, il vaut autant que ce soit avec son propre argent qu’avec l’argent de l’état, quelquefois même avec l’argent d’autrui. Ce n’en est pas moins, pour tout homme d’état qui se respecte, en Angleterre comme en France, un devoir impérieux de poursuivre par tous les moyens de si honteuses pratiques.

Après les mesures financières et la corruption électorale, la plus grave question qui ait occupé le parlement, pendant la dernière session, est celle de la loi des pauvres. Eh bien ! là encore, le cabinet de sir Robert Peel a dû soutenir une lutte longue et acharnée contre une fraction importante de son parti. Le principe de la loi des pauvres actuelle, c’est qu’à très peu d’exceptions près, tout pauvre secouru doit être renfermé dans une maison de travail. Le moyen d’appliquer ce principe, c’est l’existence d’une commission centrale nommée par le gouvernement, et qui contrôle souverainement toutes les commissions locales. Or, depuis plusieurs années, soit conviction, soit tactique, les ultrà-tories se sont joints aux radicaux exaltés pour attaquer à la fois le principe et le moyen. C’est même par-là que, dans quelques localités, ils avaient gagné le cœur des chartistes et fraternisé avec eux contre les whigs. Qu’on juge donc de leur mécontentement quand ils ont vu que le bill nouveau de sir James Graham n’apportait au bill des whigs que des modifications insignifiantes, et prorogeait pour cinq ans les pouvoirs de l’odieuse commission. Pendant la dernière quinzaine de la session, ç’a été le grand champ de bataille, et l’on a vu rivaliser d’énergie populaire et d’éloquence philantropique M. Ferrand et M. Wakley, le colonel Sibthorp et M. Sharman Crawford, M. Stuart Wortley et M. Duncombe, le plus pur torysme en un mot et le plus pur radicalisme ; mais contre les fractions modérées réunies leurs efforts ont été infructueux, et les pouvoirs de la commission centrale ont été prorogés à 164 voix contre 92. L’opposition alors n’a plus songé qu’à faire ajourner le reste du bill, et, à force chicanes et de divisions, elle y est parvenue. L’an prochain, la lutte sera donc reprise non sur la commission, mais sur le fond du bill, et la guerre civile de sir Robert Peel et de ses amis recommencera de plus belle.

Les questions religieuses enfin, bien qu’elles n’aient été touchées qu’incidemment, n’ont pas laissé de contribuer pour leur bonne