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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/553

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à ceux qui ne sont pas directement représentés, et contraignent l’égoïsme à servir la cause de l’humanité et de la civilisation.

Sir Robert Peel s’était délivré d’un de ses embarras les plus pressants ; mais son bill des céréales n’était, à tout prendre, qu’un expédient, et, ce bill adopté, la difficulté financière restait tout entière. La grande épreuve n’était donc point passée, celle qui devait le plasser parmi les hommes d’état dignes de ce nom, ou parmi les simples commis décorés du titre de ministres. Or, cette épreuve à laquelle l’attendaient amis et ennemis, sir Robert Peel la traversa avec plus de bonheur et d’éclat qu’on ne pouvait le supposer. Le déficit arriéré pouvant être couvert par des bons de l’échiquier, c’est au déficit nouveau seulement qu’il était nécessaire de pourvoir, et parmi les taxes nombreuses dont se compose le budget anglais, il ne paraissait pas impossible d’en découvrir une ou plusieurs qui rapportassent 50 millions de plus. Mais c’était tomber dans le piège tendu par le cabinet whig, et lui donner beau jeu. Sir Robert Peel imagina donc non-seulement de faire peser la totalité de l’impôt nouveau sur les classes riches de la société, mais d’élever cet impôt de telle sorte qu’il devînt possible de réduire quelques autres impôts, ceux dont les classes pauvres paient la plus grande partie.

En un mot, il lui fallait 50 millions ; il en demanda 100 à tous les revenus au-dessus de 150 livres sterling, et de la même main, remaniant à fond le tarif, il diminua les droits sur la viande, sur le poisson, sur le houblon, sur les pommes de terre, sur le riz, sur les graines, sur le bois de construction. De cette façon, en échange du pouvoir qu’elles avaient reconquis, il imposa aux classes les plus riches de la société un sacrifice notable, et offrit aux classes les plus pauvres une forte prime pour qu’elles n’exigeassent pas plus.

Assurément c’est là une idée aussi simple que hardie, une idée dont la grandeur et la puissance devaient frapper tous les esprits. C’est ce qui arriva dans la chambre des communes, quand, après un des plus magnifiques discours qui jamais aient été prononcés, sir Robert Peel reprit sa place. Ce discours, qui dura plusieurs heures et où, dans un ordre admirable, toutes les questions furent touchées avec une égale supériorité, ce discours si vaste et si précis, si élevé et si pratique, se terminait par un appel éloquent aux sentimens patriotiques qui, à d’autres époques, ont aidé l’Angleterre à sortir des crises les plus terribles. « Il viendra un temps, s’écria-t-il, où les innombrables créatures humaines qui vivent heureuses et fières sous l’empire de la constitution britannique, contempleront avec admi-