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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/547

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étourdie, écervelée, vous avez créé partout à l’Angleterre des embarras et des difficultés ! Grace à vous, une armée a péri dans l’Afghanistan, une autre armée lutte péniblement en Chine contre des obstacles inconnus ; grace à vous, l’Orient est livré à l’anarchie, la France est redevenue l’ennemie de l’Angleterre, et vous trouvez mauvais que du côté de l’Amérique au moins nous nous assurions un peu de sécurité ! Vous trouvez mauvais que nous terminions honorablement, pour les deux parties, un procès qui dure depuis cinquante ans, et qui, comme beaucoup d’autres procès, ne vaut ni les frais qu’il coûte, ni la peine qu’il donne, ni les dangers qu’il fait. courir ! Avez-vous donc été vous-même si fier et si ferme dans l’affaire Macleod, quand, au mépris de vos réclamations diplomatiques, et de vos discours parlementaires, vous avez souffert qu’un citoyen anglais, avoué par son gouvernement, fût emprisonné et jugé ? Si l’Angleterre a baissé la tête devant l’Amérique, c’est le jour où cette incroyable procédure a pu suivre son cours. Quand vous nous avez cédé le pouvoir, vous aviez reculé devant l’Amérique sans qu’à ce prix la paix vous fût acquise. La paix est assurée aujourd’hui, et, malgré vos efforts pour ranimer de vieilles querelles, les deux peuples s’en réjouissent. »

Qu’on le remarque bien ; je n’examine point ici la valeur réelle du traité Ashburton, j’examine seulement l’influence que ce traité doit exercer sur la situation respective des partis. Or, malgré les déclamations quotidiennes du journal de lord Palmerston, je crois cette influence plutôt favorable que contraire au ministère Peel. La question extérieure dont, au temps des Fox et des Sheridan, l’opposition whig se fit une arme si terrible, est donc devenue entre ses mains parfaitement impuissante et inoffensive. Comment en effet ses chefs parleraient-ils de paix après avoir entrepris les guerres les plus folles ? d’alliance des états libres contre les états absolus après avoir rompu cette alliance ? de non-intervention après avoir réglé, les armes à la main, la querelle d’un souverain et de son vassal ? d’esprit conciliateur dans les rapports de l’Angleterre et de la France après avoir outragé, humilié la France ? C’étaient là les vieux articles de foi du parti whig ; mais il les a reniés, et c’est en vain aujourd’hui que, pour ne pas rester muet, il, s’efforce d’emprunter au parti tory les passions haineuses dont le parti était jadis animé, et son langage violent.

Je viens maintenant à la question intérieure, et j’examine comment le cabinet, de sir Robert Peel a surmonté les difficultés très réelles que prévoyaient, à l’époque de son avènement, ses partisans