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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/545

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De ces divers faits réunis, il résulte que la question du droit de visite pourra être plus embarrassante pour lord Aberdeen en 1843 qu’en 1842. Il me paraît pourtant difficile que lord Palmerston réussisse soit à justifier ses instructions, soit à soutenir, sans provoquer un immense éclat de rire, que sir Robert Peel tremble devant M. Guizot. Il est probable, au contraire, qu’après quelques passes d’armes peu meurtrières, les deux partis s’entendront pour mettre la vieille prétention anglaise à couvert sans trop nuire au cabinet français. Encore une fois, les Anglais, whigs ou tories, tiennent à la fois au droit de visite et au maintien du cabinet qui, le 29 octobre 1840, est venu leur rendre un si grand service. Il y a là pour eux un double intérêt qui fera bien vite taire l’esprit de parti.

Sur la question d’Espagne, au contraire, l’opposition whig eût bien voulu prendre le cabinet en défaut, et deux ou trois fois, pendant la session, elle le tenta, dans la chambre des lords comme dans la chambre des communes. Comment eût-elle réussi ? Au début, lord Aberdeen, en conseillant une transaction entre l’étiquette espagnole et l’étiquette française, avait peut-être, jusqu’à un certain point, prêté le flanc ; mais lord Aberdeen, dès que les cortès eurent parlé, ne s’était-il pas hâté de retirer sa première dépêche, et de déclarer que les juges compétens ayant prononcé, l’Angleterre n’avait plus qu’à s’incliner devant leur arrêt ? N’est-ce pas aussi lord Aberdeen, n’est-ce pas sir Robert Peel, qui, glorifiant dans le parlement le gouvernement d’Espartero, se sont, à plusieurs reprises, empressés de proclamer ce gouvernement le meilleur, le plus sage, le plus national qui, depuis dix ans, ait existé en Espagne ? N’est-ce pas lord Aberdeen, n’est-ce pas sir Robert Peel, qui lui ont promis hautement leurs bons offices, au dedans pour triompher de toutes les résistances, au dehors pour obtenir la sanction européenne ? Qu’eussent fait de plus les whigs, et qu’avaient-ils à dire, surtout quand le ministre anglais à Madrid n’était autre que M. Aston, placé par eux, et fort habitué déjà à faire prédominer les intérêts de l’Angleterre sur les intérêts de la France. Dans cette circonstance, il faut le reconnaître ; le cabinet tory est resté parfaitement fidèle à cette vieille politique, qui n’est ni whig ni tory, et qui, pour s’emparer de l’influence, sait, sans scrupule et sans hésitation, servir toutes les causes, revêtir tous les habits, parler tous les langages. Pour sir Robert Peel comme pour lord Melbourne, pour lord Aberdeen comme pour lord Palmerston, il n’y avait en Espagne qu’une question, abaisser et effacer la France. Quand on était si bien d’accord au fond et que