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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/539

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dans les deux chambres un vote de refus de concours. Ce vote passa à 168 contre 96 dans la chambre des lords, à 360 contre 269 dans la chambre des communes, et le lendemain, dans un langage noble et fier, lord John Russell faisait ses adieux au parlement. Le surlendemain, sir Robert Peel, appelé par la reine, était muni des pouvoirs nécessaires pour composer un cabinet. La reine d’ailleurs, ainsi qu’on devait le prévoir, n’avait rien refusé au chef de la majorité triomphante, et sa maison, celle du prince Albert elle-même, restaient soumises au contrôle du premier ministre.

Ainsi se termina cette grande et mémorable lutte. Mais, aux yeux de quelques hommes politiques, le ministère de sir Robert Peel, assiégé, au dehors, au dedans, de difficultés insurmontables, ne devait avoir qu’une existence troublée, qu’une durée éphémère. Encore prétendait-on que cette existence et cette durée seraient nécessairement achetées au prix de faiblesses quotidiennes et de concessions répétées. Au lieu de cela, qu’est-il arrivé ? Que depuis un an sir Robert Peel gouverne l’Angleterre d’une main plus puissante, avec une autorité plus irrésistible qu’aucun ministre anglais depuis Pitt ; que tout ce qu’il veut, il l’obtient, et qu’à certains jours, ses ennemis comme ses amis semblent s’incliner devant l’audace et la grandeur de ses plans ; qu’il vient enfin de traverser une longue session sans essuyer un seul échec. Et cette singulière bonne fortune, l’a-t-il en effet payée de quelque concession notable, soit à l’une, soit à l’autre des fractions parlementaires qui le soutiennent ? Tout au contraire ; il n’a pas caressé un préjugé, transigé avec une passion, fléchi le genou devant une prétention injuste ou exagérée selon lui. Ce qu’il croyait bon, il l’a proposé sans ménagement, sans réserve, et toujours prêt, si son avis ne pouvait prévaloir, à reprendre simplement et noblement sa place sur les bancs de l’opposition.

Il y a certes dans un tel spectacle quelque chose d’imposant et qui mérite d’être examiné de près. Quels sont, au dehors ou au dedans, les principaux obstacles que, pendant la première année de son ministère, sir Robert Peel a rencontrés et dont il a triomphé ? A quoi faut-il attribuer surtout son succès ? Ce succès enfin est-il de nature à se prolonger ? Voilà les questions qui se présentent. Ces questions, je les aborde sans me dissimuler que la dernière surtout est fort difficile. Quelques mots d’abord sur la politique extérieure, bien qu’à vrai dire, elle n’ait joué qu’un rôle assez secondaire pendant le cours de la dernière session.

On se souvient de l’étrange discours que, dans le mois de juillet