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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/523

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de savoir si la question ne pourrait pas, un jour ou l’autre, se trouver posée entre le ministère actuel et un autre ministère possible. Si elle ne peut pas être posée de la sorte, il est à croire que les ministres opposans l’emporteront, et que le projet sera abandonné ; on démontrera alors aux chambres par a + b que ce projet n’est qu’une folie, et que le ministère ne l’a jamais pris au sérieux.

En attendant, le monde marche. Bon gré mal gré, quels que soient les intérêts des individus qui occupent le devant de la scène et les gémissemens des esprits spéculatifs, le monde est tout entier à une idée et ne songe qu’à la féconder et à la développer. C’est l’industrie qui est la reine des nations ; elle maîtrise les esprits, j’ai presque dit les consciences ; la politique, la science, l’art, tout lui est subordonné. Ce n’est pas l’âge d’or, ce n’est pas l’âge de fer ; il n’y a nulle part ni éclat ni vigueur : c’est l’âge de la laine, du coton et de la houille. Si les rapports internationaux étaient dans leur état naturel, si les barrières artificielles ne les avaient partout entravés ou interrompus, tout serait simple et facile : la production se serait distribuée entre les divers pays comme elle se distribue entre les départemens d’un seul et même pays, et la politique n’aurait à se mêler qu’accidentellement et indirectement aux faits économiques. La sagesse humaine en a décidé autrement. Aussi dans tout pays la production vient se heurter contre les barrières de la loi ; des deux côtés, de chaque frontière, au dehors et au dedans, il. y a un pêle-mêle effroyable, une lutte cruelle ; les nus veulent détruire ces barrières, les autres les renforcer, et les gouvernemens, pressés, tiraillés, ne sont plus maîtres de la position ; on dirait qu’ils n’ont plus le pouvoir ni de défaire ni de conserver leur propre ouvrage. Ils s’abandonnent au flot qui les pousse dans un sens et dans l’autre ; leur agitation est grande, leur action est presque nulle ; elle n’a du moins rien de décisif, rien qui modifie profondément l’état des choses. Le Zollverein allemand a été le fait de gouvernement le plus remarquable qui ait eu lieu de nos jours en matière économique. S’il n’a pas changé le système, il l’a du moins concilié jusqu’à un certain point avec les intérêts politiques de l’Allemagne. L’Angleterre aussi a fait quelque chose, nais elle étouffe toujours, elle gémit encore sous les étreintes du système prohibitif ; elle cherche partout des issues, des ouvertures ; les traités, la guerre, tout lui est bon, car avant tout il faut vivre. La Belgique n’étouffe pas moins. Si elle ne fait la guerre à personne, c’est que les forces lui manquent. La négociation seule lui reste ; bon gré mal gré, elle finira par se donner à quiconque lui offrira un grand marché, car la Belgique elle-même n’est pas un marché ; elle est un atelier. A des degrés divers, la même maladie afflige tous les pays industrieux : partout le même besoin se fait sentir, le besoin de trouver des consommateurs, de faire des échanges. Partout une législation plus ou moins prohibitive donne au commerce des entraves ; les valeurs sont, pour ainsi dire, en présence sans pouvoir s’échanger. Partout les producteurs demandent au gouvernement l’impossible, je veux dire le maintien des prohibitions et en même temps de nombreux consommateurs étrangers, des