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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/515

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Le réseau de chemins de fer voté parles chambres aune étendue de 3 300 kilomètres, qui donneront lieu à une fourniture en rails, en supports, etc., de 600,000 tonnes de fonte, de fer oud’acier. En supposant que la construction de ces lignes dure dix années, il faudrait donc demander annuellement soixante mille tonnes de fer à nos usines, en dehors de leur production, c’est-à-dire élever dix fois l’accroissement régulier de ce travail. Six établissemens fabriquent principalement les rails : Decazeville, Alais, Terre-Noire, le Creuzot, Hayange et Denain. Nous ne croyons pas exagérer en disant qu’ils sont montés pour produire tout au plus, entre eux tous, 25 à 30,000 tonnes de rails par an [1]. Ils auraient donc à tripler immédiatement leur fabrication, ce qui ne pourrait pas se faire sans une augmentation considérable dans le prix des matières premières et de la main-d’œuvre, ni sans exposer notre industrie métallurgique, par ce développement rapide, à une crise semblable à celle qui frappe les usines de l’Angleterre et de la Belgique, depuis que la demande s’est ralentie.

La Grande-Bretagne terminera probablement en 1843 un réseau de 3,600 kililomètres de chemins de fer, qu’elle aura mis quinze années à construire. L’exécution des chemins anglais n’a donc ajouté à la fabrication du fer, qui est annuellement d’un million de tonneaux, qu’un surcroît de 45,000 tonnes par an. Mais, comme cet accroissement s’est inégalement réparti sur les quinze années, il en est résulté que les rails, qui valent aujourd’hui 206 francs la tonne à Cardiff, y ont valu jusqu’à 280 fr. en 1838, et jusqu’à 300 fr. en 1840. Nous avons déjà fait remarquer que, sous l’influence de la même excitation, les rails, qui avaient coûté en Belgique 360 francs la tonne en 1834, s’étaient élevés en 1837 à 457 francs 50 centimes, augmentation de 26 et demi pour 100 en trois années.

Mais avons-nous besoin d’aller chercher nos exemples à l’étranger, lorsque les maîtres de forges français déclarent eux-mêmes que « la hausse du charbon de bois, depuis 1820 ne présente pas moins de 10 francs de hausse sur le prix de revient par 100 kil. de fer au bois, c’est-à-dire la moitié du droit actuel [2] ? » Évidemment, la cause du renchérissement du bois est dans l’activité imprimée à la fabrication du fer, qui a triplé depuis vingt ans. Pourquoi la même cause, appliquée plus exclusivement à la production du fer à la houille, ne produirait-elle pas les mêmes effets ? Nos ouvriers ne savent-ils pas, comme les ouvriers belges, la valeur qu’une demande exagérée donne à la main-d’œuvre, et ne voudront-ils pas, eux aussi, le cas échéant, gagner 10, 15 et 20 francs par jour ?

Dans des circonstances ordinaires, l’équité demanderait encore que l’in-

  1. M. Talabot évalue à 30 mille tonnes par an la quantité de rails que l’on pouvait fabriquer au commencement de 1842, et à 45 mille tonnes celle qui pourra être fabriquée en 1843.
  2. Rapport de M. Talabot sur les fers, page 51.