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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/513

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nationaux, il n’y a pas lieu de consentir un dégrèvement sur les fontes et fers de certaines provenances, ni sur les rails et coussinets pour chemins de fer. »

Le gouvernement, contre l’usage qu’il suit en pareille circonstance, n’a pas publié le procès-verbal des délibérations des trois conseils. Il paraît que le déchaînement de théories prohibitives, qui s’est signalé dans ce débat de famille, ne pouvait pas, sans danger pour la dignité du ministère, être exposé à tous les regards. Mais les intéressés n’avaient pas sans doute les mêmes raisons de se dérober à la publicité ; car un membre du conseil des manufactures, M. Talabot, maître de forges et député, vient d’imprimer le rapport qu’il avait lu à ses collègues, le 16 janvier 1842, sur la question des fers.

Ce document est remarquable à plus d’un titre. Au mérite de présenter habilement la situation de notre industrie métallurgique, dans l’ensemble et dans les détails, telle que les maîtres de forges veulent qu’on la voie, il joint celui de faire connaître ouvertement leurs prétentions pour l’avenir. Les voici dans toute leur âpreté. En premier lieu, les maîtres de forges réclament la fabrication sans partage des rails qui seront nécessaires pour l’exécution des grandes lignes de fer, et ils nous signifient que nous n’obtiendrons pas, à d’autres conditions, un abaissement dans le prix des fers. Secondement, ils n’admettent pas la possibilité d’une réduction quelconque des droits avant six ans. Enfin, cette nécessité d’un régime protecteur, que M. de Saint-Cricq lui-même, parlant au nom de la restauration, avait déclarée temporaire, M. le rapporteur du conseil des manufactures prétend la rendre permanente. « Il n’est pas possible d’admettre, dit-il, qu’en France la fabrication du fer soit abandonnée jamais, sans protection aucune, à la lutte avec l’étranger. »

Le mauvais résultat de cette dernière tentative de conciliation doit prouver aux plus incrédules que l’industrie métallurgique en France ne fera pas de concessions à l’intérêt public. C’est le comble de l’illusion que d’attendre de ceux qui la représentent qu’ils concourent spontanément à réduire la somme des sacrifices qu’ils nous imposent depuis vingt ans. Il faut les écouter, mais il ne faut pas les constituer juges dans leur propre cause. Entre l’intérêt de la production et celui de la consommation, la raison d’état doit seule prononcer.

Les maîtres de forges se vantent d’avoir réduit considérablement le prix des fers en France depuis quinze ans, malgré la cherté croissante des bois qu’ils emploient, et par l’économie des procédés qu’ils ont introduits dans la fabrication. M. le ministre du commerce, dans l’exposé du projet de douanes présenté à la chambre des pairs le 1er mars 1841, disait à l’appui de cette opinion : « Le fer laminé, qui, en 1826, se vendait de 48 à 51 fr. les 100 kil. Ne se vend plus que de 28 à 37 fr. selon qu’il s’agit de fer entièrement traité à la houille ou de fonte au bois convertie par le combustible minéral. Le fer en barres, dont le prix s’élevait, à la même époque, de 49 fr. jusqu’à 68, selon l’espèce de fabrication, ne vaut plus aujourd’hui que 35 à 50 fr. au plus. »