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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/51

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Arnold. — Tu ne nieras pas cependant que tu t’es occupé de Mme d’Erghem tout l’hiver dernier ?

Marcel. — Et pourquoi est-ce que je ne le nierais pas ?

Arnold. — Parce que je le sais d’une manière certaine, parce que je savais par la bouquetière que tu lui envoyais des bouquets tous les jours. Voilà donc une fois où tu ne t’es pas avancé à coup sûr.

Marcel. — Et qui te dit cela ?

Arnold. — Toujours la bouquetière, mon pauvre Marcel. Il faut que tu paies par un peu d’humiliation ton impertinence de tout à l’heure. Tes bouquets étaient parfaitement refusés.

Marcel. — On reconnaît bien des gens accoutumés à séduire des grisettes et qui n’ont jamais vu repousser l’offre, quelque brutale qu’elle fût, d’une commode et de six chaises en noyer.

Eugène. — J’ai chaud à la main d’Arnold.

Arnold. — Quelle main ?

Eugène. — À la main que tu voulais mettre au feu tout à l’heure.

Arnold. — Ne te presse pas tant. Enfin, Marcel, explique-toi ; tu nous as dit tout à l’heure que tu ne t’étais jamais avancé qu’à coup sûr. Je te prouve que tu t’es fort avancé auprès de Mme d’Erghem : avoues-tu que c’est une exception à ta règle de conduite, ou prétends-tu avoir réussi ?

Marcel. — Tu m’ennuies, Arnold.

Arnold. — Et toi, tu m’amuses ; tu voudrais bien nous laisser croire à un triomphe, sans nous le dire tout-à-fait. Ton tu m’ennuies est un odieux mensonge, si tu n’as pas réussi ; car, pour moi, cette phrase équivaut au récit le plus détaillé de la victoire la plus complète.

Marcel. — Je ne te répondrai plus. Parlons d’autre chose.

Arnold. — Pas encore. Il me faut un oui ou un non.

Marcel. — Eh bien ! oui ; et n’en parlons plus.

Arnold. — Je parie mon cheval bai, dont tu as tant d’envie, contre la bride du tien, que tu ne m’en donnes pas une preuve.

Marcel. — Quelle preuve ?

Arnold. — Une bien simple.

Marcel. — Je t’avertis d’avance que je ne ferai rien qui puisse la chagriner ni la compromettre.

Arnold. — Cette délicatesse sied à ravir à un gaillard qui vient de nous dire ce que nous savons ; mais sois tranquille, cette preuve, tu ne la donneras qu’à moi seul.