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Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 32.djvu/506

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Point de difficulté pour les tissus de laine autres que draps. Sur tous les marchés de l’Europe, nos mérinos, nos mousselines de laine, nos étoffes mélangées dé laine et de coton priment les produits similaires de l’étranger. Ce qui le prouve, c’est que l’exportation de ces marchandises s’est accrue de 300 pour 100 en vingt ans ; pendant que l’exportation des draps, grace au mauvais choix des articles exportés, diminuait d’environ 30 pour 100. La suppression des barrières commerciales ne peut qu’être favorable à la fabrication des étoffes légères de laine ; car elle donnera aux manufacturiers français en Belgique l’avantage du droit de douane sur les Anglais qui leur disputent ce marché. L’impuissance des Belges à lutter contre nos fabriques de Reims, d’Amiens, de Saint-Quentin, de Mulhouse et de Roubaix, est constatée par le mémoire de la chambre de commerce de Verviers, qui a demandé, dans l’enquête de 1840, que les tissus de laine fussent frappés d’un droit de 250 francs par 100 kil., au lieu de 180 francs qu’ils paient aujourd’hui, en ajoutant au droit le montant de la prime de sortie allouée en France sur ces produits.

Nous savons que la fabrique de draps ne se trouve pas dans des conditions aussi avantageuses. Cependant il est permis d’inférer des faits généraux, ainsi que des opinions émises par les fabricans eux-mêmes, que la lutte ne leur est pas aussi difficile qu’ils l’ont prétendu.

Dans l’enquête de 1834, M. Duchâtel, alors ministre du commerce, avança, sans être contredit, que moyennant la prime de sortie, qui est nominalement de 9 pour 100, mais qui s’élève en réalité à 13 ou 14 pour 100, les draps français soutenaient au dehors la concurrence des draps étrangers. Le délégué d’Elbeuf, M. Lefort, était alors de cet avis, car il déclarait dans l’enquête que, moyennant la restitution du droit sur les matières premières, nous pouvions soutenir la concurrence sur les marchés extérieurs. Il se peut que nous n’ayons pas aujourd’hui les mêmes concurrens qu’en 1834, que les draps belges se donnent au même prix que les draps anglais, et qu’ils soient eux-mêmes surpassés’ en bon marché comme en qualité par les draps allemands ; mais-ce qui paraît certain, c’est que la draperie française, grace à la prime de sortie qui représente à peu près exactement le droit d’entrée perçu sur les laines, continue à trouver des débouchés assez importans au dehors nous exportons toujours, comme en 1834, pour 15 à 18 millions de draps et casimirs. La situation de cette industrie, loin d’empirer depuis cinq ans, semblé mêle s’être améliorée. « En Suisse, nous ne pouvons rien faire, dit M. Burdo-Stas fabricant de draps à Liège, parce que la France accorde une prime d’exportation de 14 pour 100. » D’autre part, les draps de nos fabriques méridionales soutiennent, dans le Levant, la concurrence des draps de Verviers [1]. Mais il y a mieux, les draps français viennent battre les draps belges sur leur propre marché. « Nous avons la certitude, dit M. Clavareau, président de la chambre de commerce de Verviers [2], qu’il se fraude beaucoup

  1. Interrogatoire de M. Hamelin, enquête de 1834.
  2. Enquête belge de 1840.